Elle le fait. Elle dit, dans la jouissance, son nom en chinois. Elle l’a fait. Ils se regardent, se regardent jusqu’aux larmes. Et pour la première fois de sa vie elle dit les mots convenus pour le dire – les mots des livres, du cinéma, de la vie, de tous les amants.
– Je vous aime.

(Marguerite Duras, in L’amant de la Chine du nord)

J’aimerais écrire la joie et le soulagement de lire ici dans L’amant de la Chine du nord la vérité banale de l’histoire de ce Chinois et sa jeune maîtresse – Marguerite Duras enfant de 14 ans, comme on revient sur un cauchemar en substituant les monstres immondes par les choses de la vie banale, comme pour les effrayer, les voir à jamais disparus.

Je lis l’anti-barrage.

Non le diamant n’était pas le centre de tout, pas l’objet de la convoitise de l’enfant,  le chinois pas laid, les rires souvent résonnaient, et la mère en allée on ne sait où n’était pas la mère maquerelle omniprésente. Je pense aux peintures noires de Goya. L’amant, Les barrages, ses peintures noires à elle.

Je suis heureux et je pleure aussi à cause de l’évidence de mon lien avec elle. Comment passer à côté. Je me rappelle t’avoir dit ces mots sur elle, sur mon refus de livre les livres d’elle, que c’était toi, trop toi.

Alors que c’était moi, et quelque chose dans mon inconscient le savait. Comme ce prénom féminin hier que je croyais choisir au hasard pour illustrer une bonne blague, et je découvrais le même prénom dans le titre d’un film, sur la boïte d’un DVD qui surplombait le canapé.
Rebeca.

Savoir tout et se cacher la vérité. Parfois savoir trop, forcer le trait, noircir pour faire vomir la réalité. Etre seul derrière l’écran de ses yeux, à voir défiler la réalité, enregistrer et penser tout. L’intelligence de ça.

Pour finalité, la banalité. C’est quoi la banalité ? Loin du kitsch, accepter la vie.

Il y a Tanh aussi dont je tombe amoureux doucement, jaloux que je suis du petit frère qui s’assoit toujours à ses côtés, dans la B12. B12 pas si pourrie, sans les jantes remplies de peaux de bananes.

Combien de Tanh j’ai pris ?

La vérité de Duras m’éclate comme une évidence : je lirai encore toujours à jamais le même livre d’elle, comme j’écrirai toujours la mort de lui avant la rencontre, l’arrière du train gare du Nord, l’acte manqué de nos adieux.

Les démons collent à l’âme.

La Chine, le départ, l’attente, l’amour passionnel, la mort, le sexe  sans le tabou sur le sexe, le frère violent.

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