van

Et de me rendre compte, pendant les heures à penser au fond d’un van dégonflé, que je suis là par un jeu de circonstances. Mon ego n’en survivra pas, si je n’avais décidé hier de me réfugier dans un optimisme de septentrional – celui qui évite aux Islandais le suicide par pendaison à chaque hiver.
Je puis parler de cela sans peur de la dépression, protégé par mon optimisme nouveau.
Je suis à cette place dans le van car deux compatriotes avant moi ont décliné l’invitation. Et de me dire que je n’ai rien à faire, à dire, sinon que ma place est ici. Au fond d’un van, en Islande.

C’est peut-être ça, le risque avec l’optimisme, ou l’avantage. Le bonheur.

J’écoute Bowie, je lis les entretiens de Duras et Mitterrand. Nous cherchons une place pour camper, et j’assiste à la conduite collégiale d’un van dans les vallées islandaises. Je ne participe pas à la recherche, car je représente le totalitarisme participatif. Je suis pour la prise de décision, pour l’arbiraire instinctif, pour l’esprit sportif aussi. Simplement je suis de droite dans un van de gauche, et l’on va dormir dans les cailloux. Mais en démocratie.

Je pense aux expériences de Mitterrand pendant la seconde guerre mondiale, celles notamment de résistant, celles qui le firent voir arrêter ses meilleurs amis alors qu’il fuyait. Cet homme plus tard est devenu Président de la République. Je pense à Hollande, et plus généralement à nos présidents européens.

Je vois des enfants dans une cour de maternelle. Ou un trentenaire au fond d’un van.
Notre génération ne sera jamais celle des grands, mais celle des enfants des enfants de ceux qui ont connu la guerre. Enfants gâtés et connectés, les synapses englués par des miasmes dégoulinants en forme de culture pop de conasses.
M’en vais dormir avec les sternes arctiques, 66 degrés nord. Les sternes ont crié.
Je n’ai rien à faire ici.

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