christophe

Je suis donc ainsi fait, futile et sensible, capable d’élans fougueux qui m’absorbent tout entier, bons et mauvais, nobles et vils – mais jamais d’un sentiment durable, jamais d’une émotion qui persiste et qui pénètre la substance de l’âme. Tout en moi tend à être en suivant autre chose ; une impatience de l’âme contre elle-même, comme on peut l’avoir contre un enfant importun ; un malaise toujours plus grand et toujours semblable.

Fernando Pessoa, in Le livre de l’intranquilité.

A force d’aller-retour entre le côté blanc et réflexif et le côté noir forcément bête et calculateur, je nage dans une espèce de fange liquide et dense, qui m’enlace les chevilles mais me permet de garder la tête au dessus de l’eau.

Au fond de moi, de cette marée brunâtre, quelque choseme voit et dit d’une langue que je ne comprends plus des sons que je reconnais.

1995 je me rappelle m’être balladé, sur le retour après le cinéma, sous les Halles, ce qu’on appelait les Halles, une grande allée d’arbres plantés, m’avait-on dit – pendant les années quelque chose, pour occuper les gens et légitimer leur salaire, j’allais écrire leur existence. Je me rappelle avoir établi des stratégies pour placer les bancs de telle sorte que les pigeons n’y défèquent pas.

ils ont inventé les pics pour Philibert. sur le haut des statues.

Cette prise de conscience est telle que l’ancien pauvre qui découvre l’oisiveté, et qui oublie les trous dans les poches de ses anciens paletots.  je ne parle plus la langue de l’illusion. je suis autre

qui me sauvera ? j’aimerai évoquer les choses de l’amour, les prénoms commençant par j ou s, les fesses rebondies et lisses, leur qualité à laisser s’écouler les fluides qu’on y verse, les oreilles qui languissent sur les oreillers, les langues qui s’enroulent sur les sexes brûlants. j’aimerai imaginer la solution dans l’autre, l’issue vers l’extérieur, l’autre ailleurs. Mais il n’est pas d’autre que moi, ici.

On s’emmerde pas mal d’ailleurs.

j’ai aimé hier voir se dessiner, sur fond d’un crépuscule diffracté par le rideau, leurs deux corps.

j’ai aimé lire Pessoa encore à tes côtés, et restituer un vomi verbeux en forme de ça.

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