joyeux noël

Depuis 27 ans que je l’observe, les traits qui sous-tendent sa personnalité m’apparaissent récemment. Mon père est un incapable émotif, et cette incapacité à ressentir et à partager son émotion se ressent par nombre de ces actes de pantin indélicat.
Le matin de Noêl, le salon et son sapin et son vilage de Noël (version laïcisée de la crêche, une façon de célébrer plus ouvertement l’hymne à la société consumériste et propriétaire de sa maison achetée à taux revolving) forme dans le foyer un enclot sacré, séparé du reste de la maison par une barrière invisible.  Cette barrière inconsciente, est celle déposée sous le sapin par chacun d’entre nous, qui avons cherché des cadeaux, et qui désirons tant que l’autre ait la surprise. Mon père ne dépose pas de cadeau. Il nous donne de l’argent liquide, avec l’éternel argument « je préfère que vous vous fassiez plaisir ». Prise de rique minimale. Pas de surprise.  Ce n’est pas là où je veux en venir.
Le père, ce matin, était le seul manquant à l’appel, il déblayait l’entrée de la maison. Alors l’enclot sacré est resté fermé, la famille attendant impatiemment le retour des gamètes mâles. Le père rentre, commente le fait que l’on ne peut ouvrir les portières de sa voiture tellement il a neigé (et qu’il faudra « faire vraiment gaffe »), ouvre la porte du salon, pose son écharpe, la plie délicatement en quatre, puis son manteau bleu moche sans manche. Sous nos trois regards stupéfaits. Ma mère lui fait remarquer gentiment qu’on l’attendait pour ouvrir.
Dans ma tête, je me dis, tu viens encore de souiller le peu de normalité et de tradition de cette famille.
En cadeau cette année  : un pull moche, des gants en cuir, un livre, celui de l’intranquilité, par Fernando Pessoa.
Je rêvais d’un cheval et d’un voilier.
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6 réflexions sur “joyeux noël

  1. Koudou says:

    pessoa c’est bien koudou pas tout le temps mais l’intranquille oui. j’aime quand il dit : « Assieds-toi au soleil. Abdique. Et sois roi de toi-même. » Ma rappelle elle était à la fin de « L’Ascension du Haut-Mal » eh ben mes yeux piquaient un peu oui. l’un dans l’autre plop les 70 hétéronymes de Pessoa sa mélancolie de koudou et je ne te dis pas trop te siéent à presque merveille oui. Géziyaul comme ils disent : joyeux oui.

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