Aladin 1.0

Je me demandais, enfant, si Jasmine était toujours amoureuse d’Aladin quand la cassette vidéo était hors le magnétoscope. Je concluais que oui, que leur temps devait s’arrêter, et leur amour périodique serait infini. Amen.
J’extrapolais le monde dans la cassette au monde dans ma maison, me disant que ni ma mère ni mon chien ne mourraient jamais.
Boulevard Sebastopol. En rentrant du S.C. où l’un des Aladin d’Eurodisney ne se souvient pas de moi et de notre voyage en tapis volant d’il y a trois mois, je me dis qu’il est temps de tirer un trait sur les fantasmes adolescents. Non, dans la vraie vie, la cassette a beau être ejected, le flot des vanités continue à faire tourner le beau théâtre des sentiments, et des envies, et des fantasmes. Un jour, on se résigne et on remet la cassette : on découvre alors quelque chose comme Jasmine qui a fermé sa gueule aux gros Aladin, et qui a ouvert un hôtel de passe dans Agraba. Ou un sauna gay.

La vraie vie se fabrique avant et après le film, jamais pendant. Tout est interne. La réalité en devient inutile.

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