Le « je-on ».

Il serait présomptueux de ma part, au sujet de mes petites faiblesses, an parlant des raccourcis que des déterminismes ont créés, d’imaginer, comme l’aurait dit Freud, qu’elles disparussent au moment de leur découverte.

Mais quand j’écris « je », ce n’est pas le « moi » qui parle, celui qui vote, celui derrière l’état civil de ma carte d’identité. Ce « je »-là, je l’imagine de la grégarité du « on » de certains papiers, de certaines chansons, de certains romans. On paye ses impôts, on prie Dieu ou Nicolas Sarkozy, on vote Chirac, on critique Royal.

Ce « je-on« , c’est celui que je déteste, celui que j’aimerai enfermer, ou faire sortir, de moi, de cette carcasse calomniée de préjugés, inculte. Ce « je-on » est le signe de ma décadence intellectuelle, de ma vieillesse, de l’enfance, mes lèvres charnues, ma peau souple qui s’en vont.

Ce « je-on » est le spectre du sujet de certais infinitifs. Ce « je-on » serait capable de croire à Dieu, à l’Argent, à l’Amour, au Bonheur. Ce « je-on » se tue quand il fume, vote à droite parce qu’il n’a qu’une vie, balance les piles à la poubelle parce que, hein, ils viendront pas les y chercher, ou se dit, quand des hommes pénètrent dans le cinéma par la sortie de secours, sans l’avoir payer : « Ah, ils sont noirs ».

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