Plus loin mais où, de Béatrix Beck.

Incongru, dit le quatrième de couverture. Incongru qu’une auteur tue ses héros, incongru qu’elle se moque du temps de son livre, et qu’elle joue avec sa narration. Absurde oui.

J’aime ce livre, parce qu’il est incongru. J’aime cette vieille dame, usée et aigrie, casanière et campagnarde, qui parle mal, qui pense mal, des choses horribles. Drôles. Humour noir d’une petite fille de l’Assistance devenue vieille :

Un gamin de l’Assistance, son nom de baptème c’était Désiré. J’y demande :

– Comment que ça se fait-y que tu te nommes Désiré, puisque t’as pas été Désiré ?

– C’ese pour rigoler, qui me répond en rigolant. Je serai désiré par ma femme et mes enfants.

C’a a pas été comme ça, il s’est fait ratatiner à je sais pus quelle guerre.

p22

Je rêve pus. Avant je rêvais la fin du monde, ou bien je faisais des cauchemars, mes parents sortaient de leur tombe, ils voulaient reprendre la maison, je gueulais et c’est le silence qui me sortait de la gueule.

p24

J’aime cette dame, surtout lorsqu’une promenade dans les bois lui fait rencontrer un étudiant en sociologie, juif. J’aime aussi qu’il se lie une amitié qui ne se dit pas, amitié intéressée.

– Je m’appelle Yann Rosengold, et vous ?

Mon nom le regarde pas. Il dit le sien pour que j’y dise le mien, il donne son pois pour avoir ma fève. Peut toujours courir. Attends voir :

– C’est pas un nom français.

– Je suis français, français juif.

Juif ! C’est pas possible, vipère de vie.

– L’Hitler vous a pas tous tués ?

– Pas tous, comme vous voyez.

p42

Les pages tournent, les chapitres passent, le temps de l’histoire se comprime, diffuse, se détend parfois. On suit le jeune homme, maintenant, qui vieillit, se marie, couche avec une étudiante, obtient de la vie quelques enfants, doués, intelligents. Lui qui essaie de les éduquer. C’est drôle aussi.

Le livre finit mal. Ou ne finit. C’est pareil.

Hideux visage de mon amour. Orbites creuses, les yeux reculés dans des tunnels. Le nez seulement un cartilage, une arête. On distingue la forme de ses dents à travers ses joues.

p141

Absurdes que nous sommes, tout le monde le dit, l’écrit, et ces quatre-là plus que tout autre : Beckett, Camus, Gide, et Beck. Béatrix. Le même prénom que notre voisine, ophtalmo. Elle, ma voisine, Béatrix, nous, les koudous, vont, plus loin mais où.

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Une réflexion sur “Plus loin mais où, de Béatrix Beck.

  1. Jérôme says:

    Oui, il me tente bien ce « Plus loin mais où »… pour l’instant, je suis plongé dans Jérôme de Jean-Pierre Martinet. Cela tombe bien puisque je m’appelle Jérôme. Ce Jérôme, celui de Martinet, pourrait bien vous plaire… Quel dommage que des auteurs tels qu’eux, Beck ou Martinet, soient laissés aux oubliettes.

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