Shampoing aux oeufs.

On fabrique bien des shampoings aux oeufs. L’idée m’a traversé l’esprit, fait-on du gel douche au lard ? Autre chose, mais décidément liée aux tensio-actifs qu’on dirait comestibles, si je mets un peu de mon shampoing premier prix au fond d’une poelle, est-ce que mon petit déjeuner devient anglais ?

Malone meurt. C’est le deuxième tome de la « trilogie » romanesque de Beckett. J’a rencontré Beckett dans  » ineffant ». Un mot que je ne connais pas, qui n’est dans aucun dictionnaire, et qui ne possède q’une seule référence dans google : l’extrait de Malone meurt qui le contient.

J’ai donc trouvé un mot qui n’existe pas dans Beckett. Je refuse d’entendre les voix qui diront « Oh, mais des néologismes, il y en a à la pelle ». Je sais, je ne sais pas, je m’en moque, les néologismes ont beau se ramasser à la pelle, je choisis cet « ineffant » comme lien particulier avec l’auteur mort. F. A. disait qu’elle avait rencontré M. Duras dans les virgules. J’ai rencontré Beckett dans son sommeil ineffant.

J’essayai par la suite, pendant un certain temps, de me dégoter une âme soeur parmi les races inférieures, rouges, jaunes, chocolat, etc. Et si les pestiférés avaient été d’un accès moins malaisé je me serais faufilé parmi eux, roulant les yeux, réprimant des gestes, ébauchant des rictus, ineffant et conatant, le coeur battant.

Samuel Beckett, in Malone meurt.

Je crois que Beckett est un des auteurs, avec quelques-uns de sa génération (Artaud, Duras), qui réussit à approcher, à force de mots, au bord des limites du dicible. Après, ce n’est plus de la littérature.La suite se trouve chez les  Bram Van Velde, pour lesquels Beckett avait une grande admiration.

 

Peut-être, â, l’adverbe, peut-être, après ça, pour en finir encore, les mots se délient, s’enlisent en tâches boueuses, des limbes verbales. Combien des personnages de Beckett sont des handicapés, des manchots, des cul-de-jattes, des gens enfermés dans des poubelles, pris dans la boue, alités à jamais ? Je pense même au caillou dans la godasse d’Estragon. Quand tout finit, il reste une zone de liberté, un battement suffisant, un sac à main, un baton, une bicyclette, un Godot providentiel, qui fait qu’on vit et qu’on finit pas, et qu’on écrit qu’on n’en finit pas.

Plus possible qu’à l’état de chimère. Plus tenable. Elle et le reste. Plus qu’à fermer l’oeil une fois pour toutes et la voir. Elle et le reste. Le fermer tout de bon et la voir à mort. Sans éclipses. Au cabanon. Par la caillase. Dans les champs. Dans la brume. Devant la tombe. Et retour. Et le reste. Une fois pour toutes. Tout. A mort. En être délivré. Passer à la suite. A la chimère suivante. Ce sale oeil de chair le fermer tout de bon. Qu’est-ce qui empêche ? Attention.

S. Beckett, in Mal vu mal dit.

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Une réflexion sur “Shampoing aux oeufs.

  1. Alice says:

    Continue, tu arriveras peut-être à me faire lire Beckett. J’ai du mal, c’est trop douloureux.

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