Folie domestique

Je me souviens du double-miroir de l’armoire, dans la chambre de mes parents. Son originalité venait du fait que le double miroir était lié par une charnière centrale, si bien que, pendant que ma mère repassait, je joignais les battants pour former l’angle suffisant qui me permettait de glisser la tête. Dans ma cabane réfléchissante, les milles reflets de ma tête pensante me laissaient pantois. Et quand je haussais les sourcils, tirais un peu la langue, ou agitais mes doigts sur le chambranle d’une des portes, j’eusse juré que le reflet le plus éloigné du reflet direct avait du retard sur mon action.

Plus tard, je me questionnais sur le miroir de la salle de bain. Il était écaillé à l’un des coin, comme un miroir pouvait l’être car, à vrai dire, je n’avais aucune idée de la façon dont « marchait » un miroir. Je comprenais à peu près comment les autres objets fonctionnaient et s’agençaient entre eux pour former un monde perceptible – à l’exception peut-être du système de fermeture de la barrière du jardin, dont la languette tortueuse et qui disparaissait derrière un cylindre en acier m’intriguait – mais le fait que la main de la l’homme eût pu concevoir un miroir m’apparaissais comme pure magie.

Vers 14 ans, j’imaginais une pièce circulaire et couverte de miroirs. Qu’y verrait-on ? Il suffisait d’un seul coup d’oeil pour que la chose qu’on eût vu s’évanouisse en le reflet propre au regard interrogateur. Décidément, les miroirs étaient pleins de bizarrerie.

C’était peut-être dans ces moments de mon adolescence que je pris conscience de l’aspect peu classique du monde. Comme un gros mot, je découvrais un monde quantique.

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Une réflexion sur “Folie domestique

  1. Moi aussi, tant de moment passés entre les deux battant miroir de l’armoire de ma chambre d’enfant. Je m’y sentais caché et à la fois épié par tout ces paires d’yeux…

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