Annie Leibovitz, à la MEP.

Le portrait est dans la photographie la forme d’art la plus mélancolique qui soit. Tous ces gens sont morts.

Je pensais à ça devant cette expo de quelques clichés d’Annie Leibovitz, à la Maison Européenne de la Photographie. Sans doute touché parce que sa compagne est morte d’un cancer, un truc horrible qui a dégénéré en leucémie. Une greffe de moelle qui échoua, en épilogue.

Nous l’avons enterrée à Paris, et à mon retour à New York, j’ai pris des photos de son appartement sous la neige depuis les fenêtres du mien, à London Terrace. J’étais tellement habituée à voir une lumière à sa fenêtre.
Quelques semaines plus tard, j’ai photographié la mort de son père. Il avait choisi de mourir d’une autre manière. Il n’est pas allé à l’hôpital. Il est décédé chez lui, dans son sommeil, tôt le matin, dans les bras de ma mère.

Je vois ce vélo, posé à terre, comme jeté. C’est un vélo. Quand on lit le petit panneau à côté, on apprend que c’est le vélo de l’enfant qui vient de se prendre un tir d’obus, que l’enfant a été secouru par la photographe, qui l’a vu mourir dans le taxi. On ne meurt qu’une fois, et c’est le cliché d’une vie.

Une jeune femme, chevelure blonde, à côté, dit simplement à son amie :

En fait, c’est ça qui m’attire, quand je vois des photos… Je me dis, elle parle vachement, cette photo.

Partout, des mots de Annie, sur sa compagne, sur la fuite lente de son corps. Des clichés sont là, tristes témoins. Mélancoliques. Eux n’ont pas besoin de petits panneaux explicatifs.

Je suis très dubitatif quant à la capacité de la photographie d’attraper le réel. Sinon la mort, quoi d’autre un morceau de pellicule pourrait-il fixer ?

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