Un an de modestie.

Cher Parapluie,

Un an aujourd’hui que tes missives s’essoufflent et n’atteignent leur destinataire.

Je lis ton blog depuis un an, seul spectateur de ton impudeur. Albert Camus du prolo, tu aimerais, j’ai cru comprendre, te prendre pour un héros de Beckett.

Mais non.

Ta répartie est une non-répartie. A te relire, ton art dialectique frôle la bêtise, parfois. Tu te fais héros quotidien d’une épopée sans enjeu. Mais c’est sans une certaine nostalgie que je lis tes récits, que vive la pédétitude je disais, à Paris, Madrid ou Bruxelles. Je t’imagine prof, communiste ou fou, fou de toi, vanité suprême qui fait de ta vie un livre ouvert à tous.

Je te lis parce que c’est de moi aussi que tu parles. Non, plus que ta vanité que tu vernis, c’est la mienne qui est encensée par tes brèves expositions. Chimie des relations humaines, en toi il y a de l’être en commun avec moi.

Je ne crois pas qu’il y ait de défaut plus superficiel ni plus profond. Les blessures qu’on lui fait ne sont jamais bien graves, et cependant elles ne veulent pas guérir. Les services qu’on lui rend sont les plus fictifs de tous les services ; pourtant ce sont ceux-là qui laissent derrière eux une reconnaissance durable. Elle-même est à peine un vice, et néanmoins tous les vices gravitent autour d’elle et tendent, en se raffinant, à n’être plus que des moyens de la satisfaire. Issue de la vie sociale, puisque c’est une admiration de soi fondée sur l’admiration qu’on croit inspirer aux autres, elle est plus naturelle encore, plus universellement innée que l’égoïsme, car de l’égoïsme la nature triomphe souvent, tandis que c’est par la réflexion seulement que nous venons à bout de la vanité. Je ne crois pas, en effet, que nous naissions jamais modestes, à moins qu’on ne veuille appeler encore modestie une certaine timidité toute physique, qui est d’ailleurs plus près de l’orgueil qu’on ne le pense. La modestie vraie ne peut être qu’une méditation sur la vanité. Elle naît du spectacle des illusions d’autrui et de la crainte de s’égarer soi-même. Elle est comme une circonspection scientifique à l’égard de ce qu’on dira et de ce qu’on pensera de soi. Elle est faite de corrections et de retouches . Enfin c’est une vertu acquise.
Il est difficile de dire à quel moment précis le souci de devenir modeste se sépare de la crainte de devenir ridicule. Mais cette crainte et ce souci se confondent sûrement à l’origine.
Henri Bergson, in Le rire.

Parapluie

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Une réflexion sur “Un an de modestie.

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