Sandrine Bonnaire aime sa soeur.

Le Vendredi 14 Septembre,
A Saint Léger des Vignes.

Cher Jeremie,

A deux doigts de m’indigner. Je viens de rentrer de Combs, et redécouvre la joie de la télévision en l’antre familière.

Celui qui alluma France Inter cette semaine sait que la Sandrine nationale – celle qui fait des films avec des gens tristes dedans et même que ça se finit mal à la fin, ou ça se finit pas, du genre Charles-Rémy ouvre la porte, et là le facteur passe, le sourire aux lèvres puis Générique de fin – Sandrine Bonnaire donc, dont je parlais avant la plus infâme des appositions de toutes nos correspondances réunies, a réalisé un téléfilm sur sa soeur autiste.
Tu le sais bien, je fais partie de ces gens branchés sur France Inter (je travaille pour l’Education Nationale, ce n’est pas pour rien). Alors quand je suis rentré ce soir et ai trouvé la mater larmoyante devant la déconfite Sandrine, cela me fendit le coeur. Puis j’entr’apreçus Mireille Dumas, et fus rassuré : elle lui demande si, selon elle, l’état de sa sœur est due à sa maladie ou à son enfermement en HP.
Cette pauvre dame, celle avec la sœur autiste (pas celle avec la même coiffure que Polnaref), lui répondit sans hésiter que ce sont les médicaments qui, plutôt que de canaliser la violence que l’autisme avait figé en sa sœur, l’avaient piégé dans le jeu des effets secondaires. Que si celle-ci n’avait plus conscience de son corps, c’était entièrement à cause des médicament qui se finissent en -ique qui, selon Docteur ès psycho, Sandrine Bobo, lui faisait passer sa tension de 12 à 8.
Du larmoyant à souhait. Cela me faisait penser à ces premiers physiciens, du temps d’Aristote, qui faisaient de la physique avec le cerveau plutôt qu’avec les mains. Selon eux, les choses fonctionnaient selon le sens commun. Ils ne pouvaient considérer qu’un phénomène dérogent à ce sacré sens commun. Pour exemple, les objets tombent tout simplement parce que toute chose tend à retourner d’où elle vient.
Sandrine s’affaira en direct à réaliser une jolie masturbation du sens commun. La ménagère de moins de cinquante ans, remuée par l’heure de reportage qui précédait, ne pouvait qu’adhérer à la thèse conspiratrice : les psys s’amusent à enfermer les dingues en HP pour les gonfler de médocs à s’en taper contre les murs.
Un psychiâtre était sur le plateau, représentant tout un corps de métier hyper-qualifié et diplômé, mais personne pour l’entendre. Les arguments scientifiques sont de piètres contrepoids face au levier des consciences bien pensantes.

Parce que c’est tellement mieux de se faire pisser les yeux devant une malade que c’est même notre faute si elle comme ça. Plutôt que d’imaginer que si ces gens sont « enfermés » dans des HP (qui ont le mérite d’exister, malgré parfois leurs allures carcérales), c’est que comme nos vieux dans les hospices, personne n’est à la hauteur de leur regard de personnes différentes.

Tu me rétorquerais que je n’ai pas vu le reportage. On y voit certainement Sandrine faire des mamours à soeurette qui, si le moment est bien choisi, bâve un peu. Je crois que la dernière image du reportage, qui a été rediffusée, résume toute l’horreur de la situation médiatique et aculturé de la société. On y voit une fille malade, qui, tout en regardant des images d’elle plus jeune en maillot de bain, pleure. Elle précise alors « Je pleure de joie ». C’était sans compter sur Mme Dumas de rétorquer que certainement ces larmes étaient l’expression d’une intense tristesse. Une autiste qui pleure de joie, ça n’existe pas, en tout cas dans les émissions de Dumas.

Le jour où mes chers concitoyens assumeront leur intelligence, apprenant que le bon sens n’est pas philosophique, que le sens commun n’est pas la voie de la raison, alors peut être laissera-t’on les malades se faire soigner, et les régimes spéciaux de retraite se réformer.

D’ici là, il y a dimanche, et Brigitte Fontaine à la Balle au Bond.

A dans deux jours, donc.

Parapluie.

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2 réflexions sur “Sandrine Bonnaire aime sa soeur.

  1. Ce jour là ne peut pas venir, cher Parapluie, puisque nous avons toujours eu les dirigeants que nous méritions (ou que nous élisions) et qui place, eux, le pathos comme règle de vie et le participatif immédiat (un nouveau temps de notre grammaire)comme règle d’action. La communication a dépassé la fiction.

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