Dans les cartons, la bêtise.

Le Mardi 31 juillet de 2007,
A Saint Léger des Vignes.

Cher D.,

Les cartons, les cartons, les cartons. Partout, ils s’empilent, j’en vide pour en remplir d’autres de façon plus ordonnée et logique. Parfois je remonte à l’étage pour mettre en vente un truc sur priceminister (mon vieux lecteur CD, mon vieux casque sans fil, des CD sans intérêt…).

Et puis parfois, je retrouve des choses qui me font (re)bondir. La semaine dernière, c’était l’émission « On ne peut pas plaire à tout le monde » de Marc-Olivier Fogiel consacrée à Brigitte Bardot qui m’avait occupé le reste de la soirée. J’avais mis ça dans le vieux magnétosocope qui lit même pas les mp3, et j’étais resté scotché. Comme la première fois, l’envie de vomir sur cette pseudo-icône. J’ai été voir sur YouTube, la vidéo n’est pas disponible. Je la ripperai pour vous montrer, si vous ne la connaissez pas déjà. Sinon, il existe un retranscription écrite.

Et aujourd’hui, je suis tombé sur ce vieux bouquin d’Aldous Huxley, Retour au Meilleur des Mondes. Avez-vous lu Le Meilleur des Mondes (A brave new world) ? C’est le très bon livre d’anticipation, écrit en 1931. Le génie de l’auteur lui fait décrire une société fondée sur l’eugénisme, dont les dirigeants (les « alphas ») sélectionnent leur progénitures par une sorte de manipulation biologique. C’est de la génétique avant l’heure. Une telle capacité d’anticipation oblige au respect.
Il y a quelques années j’avais découvert qu’il avait écrit un autre truc sur le sujet. Non pas une « suite » mais un essai où il donne son avis sur tout et sur rien. Genre je me la pète, j’ai écrit Le Meilleur des Mondes en trois mois, et matez ça : la philosophie de bistrot, je gère tout autant ! Car on est dans un vrai bistrot, et pas des mieux famés. Ca se dispute sur de la science à deux francs et et ca dit avoir de la raison mais sans cervelle. Il y a des choses sur le futur parce qu’il croyait réitérer l’exploit de son chef d’oeuvre. Seulement il se plante d’un façon lamentable. Et bête. C’en est presque incompréhensible qu’un tel être puisse fournir deux oeuvres que tout oppose.

A l’époque, j’avais corné une page, pour me souvenir de déconseiller ce livre. Je vous livre l’extrait en fin de lettre. Quoique… J’ai toujours un peu de mal à déconseiller les choses. C’est pour cela que ce bouqin, je ne vais pas le vendre. Je veux le garder, en souvenir de Mr Huxley, dont la bêtise sait rayonner dans mon étagère sur les Camus, les Gide et les Beckett. Tenez, mon cher D., un extrait de Paludes d’André Gide, l’un de mes auteurs favoris (homosexuel, cela pourrait combler votre culture gay-friendly) que j’ai retrouvé sous le caca littéraire d’Huxley :

Martin et moi nous échangeâmes nos feuilles, tandis qu’Alexandre attendait.
Sur ma feuille on lisait :
Etre aveugle pour se croire heureux. Croire qu’on y voir clair pour ne pas cherche à y voir puisque : L’on ne peut se voir que malheureux.

Sur sa feuille on lisait
Etre heureux de sa cécité. Croire qu’on y voir clair pour ne pas cherche à y voir puisque : L’on ne peut être que malheureux de se voir.


André Gide, Paludes

Je vous laisse ruminer. Même si je ne vous connais pour l’instant que « de vue », je prend un plaisir infini à me prendre pour des lunettes.

Au petit bonheur.

Parapluie

Dans cette seconde moitié du vingtième siècle, nous n’intervenons pas scientifiquement dans notre reproduction, mais à notre manière anarchique et chaotique, nous ne sommes pas seulement en train de surpeupler notre planète, nous avons l’air de faire en sorte que ces êtres sans cesse plus nombreux soient d’une qualité biologique inférieure. Au mauvais vieux temps, les enfants souffrent de vices héréditaires graves ou même bénins survivaient rarement; aujourd’hui, grâce à l’hygiène, à la pharmaceutique et à la conscience moderne, la plupart de ces diminués atteignent la maturité et propagent leur espèce. Dans les conditions actuelles, tout progrès de la médecine tendra à être contrebalancé par un accroissement correspondant des chances de survie d’individus affligés de quelque insuffisance génétique. Malgré les nouvelles drogues-miracles et des traitements plus efficaces (on peut même dire en certain sens, grâce à eux) la santé physique de la masse ne s’améliorera pas, au contraire, et un déclin de l’intelligence moyenne pourrait bien accompagner cette détérioration.

Aldous Huxley, Retour au meilleur des mondes
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Une réflexion sur “Dans les cartons, la bêtise.

  1. Asuka says:

    J’ai aimé le livre « Brave New World » par Huxley. Il a créé un monde intéressant qui a commandé chaque aspect de la société. C’était un regard fascinant à la question philosophique de l’humanité et de la société.

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