Racism on the rocks

Mardi 26 juin 2007
A Clermont Ferrand
Cher Troy,
Tu me demandais si j’écrirais au sujet de ce qu’il se passa samedi soir. Je ne sais pas quoi en dire. Je ne sais pas quoi quoi en penser. Mon cerveau n’a pas réponse à tout. Mon idéal de société non plus. Sarkozy encore moins.
Nous étions sur le quai de la voie de tramway, à acheter deux billets pour aller au théâtre. Des glaçons tombèrent. Aucun danger, je suis Parapluie, mais néanmoins je regardai c’était du ciel que l’eau solide avait chu. Non. Beau soleil de début d’été, 20h00. Le monde souriait. Pas les hommes.Pas ces trois hommes qui tenaient des bouteilles à la main, et qui nous jetaient des glaçons. L’un d’eux souriaient. Un sourire d’enfant, le regard serein. Cela ne pouvait venir d’eux. On s’est retournés, et l’un des glaçons te toucha. J’ eus peur. Tu réagis violemment, et ils arrêtèrent. Moi, tétanisé. La violence me tétanise. Ce sont des images de mon enfance qui reviennent. Je contrôle pas ça. D’autres auraient retroussé leur manches pour leur passer un savon. Moi je tremble comme une feuille sèche. Je pourrais les tuer si je voulais. Je l’ai déjà fait. Ma nature qui frôle ma philosophie. Comme ces sources d’eau bouillante qui affleurent en Islande dans de magnifiques panaches de vapeur, des doutes malsains embuent mon esprit critique que je croyais sage. Aphasique, la bouche bée. La sentinelle au repos.
Leur violence est gratuite. C’est un fait. Qui sont-ils ? Pourquoi prennent-ils la peine de consommer quelques calories pour actionner leurs muscles et catapulter des glaçons vers deux garçons qu’ils ne connaissent pas ? Sont-ce des poètes pragmatiques, désirant faire rimer garçons et glaçons dans l’acte ?Ils sont d’origine africaine, du genre Afrique du Nord, celle qu’on fustige, celle qu’on a cloitré dans les immeubles aux abords des villes, celle qui construit nos bureaux dans le centre de ces mêmes villes. Dans ma tête les amalgammes cristallisent. On s’assoit. Je crois reconnaître le « patois du chantier » dans leur phrasée. Quelques expressions typiques des travailleurs du batîment. Pourquoi nous avoir choisis ? Tu m’avais dit peu de temps avant que je faisais PD. Tu es assez asiatique dans ton genre. Serait-ce le simple racisme, la fameuse homophobie, celles dont on parle dans les livres ? Je ne comprends pas.ALors je pense, je projette, je fais les terribles amalgammes. Comment ne pas en faire ? Je ne suis pas ataraxique, et même si j’aspire vers la sagesse, voilà de belles illusions remises en cause par une petite agression de rien du tout.
Je vais donc me taire. Oublier que je vais certainement enseigner aux enfants de ces pleutres l’année prochaine. J’ai manqué de courage, celui qui m’aurait fait traverser la voie de tramway pour leur demander : Pourquoi?
Parapluie.
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