Parapluie

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Cancers.

In Darianism on septembre 27, 2008 at 9:01

L’envie irrépressible d’être désagréable, et souriant.

- Tu sais la cousine, celle qui a écrit un livre.

Elle sort le livre en question. Je le saisis, papier qui en tombe, elle s’ explique :

- J’avais commencé de le lire. J’en étais là. Eh ben, elle est morte ! D’un cancer du poumon.

Je feuillette le livre. Je dis :

- C’est pas très bien écrit.

Annie Cordy à la télé, je déguerpis.

Syngué sabour, pierre de patience, d’Atiq Rahimi.

In Bernard-pivotism on septembre 24, 2008 at 6:00

Nombre de pages cornées : 0

Pendant que Matoo teste les prix France Culture, je me suis surpris commander un livre, quelques secondes après que j’ai lu cet article de Journal d’une lectrice.

La pierre qui donna le titre au roman serait celle autour de laquelle s’établit la procession des fidèles musulmans, pendant Aïd el-Kébir, la fête du sacrifice du mouton. C’est, selon l’auteur, une pierre pour tous les malheureux de la terre, on lui dit ses secrets jusqu’à ce qu’elle se brise. Je n’ai trouvé aucune référence similaire sur internet, juste le fait que la pierre noire – la Ka’Ba – est le cadeau de Dieu fait à Ibrahim.

Dans le livre, la femme raconte ses secrets de femme à son homme, sa pierre de patience, qu’elle a déposée dans son écrin de nippes, lit de convalescence, en temps de guerre civile.

Le livre est construit à la manière cette marche cyclique, faite d’allers et retours de la femme au chevet de son mari malade, de l’amant adolescent au creux des cuisses de celle qui vend sa chair, du goutte à goutte de la perfusion qu’il faut changer tous les deux jours. L’écriture est nette, pas de mots en trop, les personnages se déplacent, se posent, parlent, et sortent. Ce ne sont presque que didascalies qui encadrent un monologue .

Parfois, un souvenir de la femme musulmane intervient, et d’autres personnages plus frais que ces deux-là animent le récit.

Je n’ai pas trop aimé. C’est bof, comme la plupart des quelques romans de sortie de plage (euh, de rentrée littéraire) que j’ai pu lire ces dernières années. Ca se lit vite, format 120 pages, oui, c’est une musulmane qui se masturbe et qui parle de cul, et après ?

Extrait de Molloy, de Samuel Beckett.

In Culturization on août 21, 2008 at 10:47

Et chaque fois que je dis, Je me disais telle ou telle chose, ou que je parle d’une voix interne me disant, Molloy, et puis une belle phrase plus ou moins claire et simple, ou que je me trouve dans l’obligation de prêter aux tiers des paroles intelligibles, ou qu’à l’intention d’autrui il sort de ma propre bouche des sons articulés à peu près convenablement, je ne fais que me plier aux exigences d’une convention qui veut qu’on mente ou qu’on se taise.

C’est bien, Beckett.

Lettres sonores pour lecteurs muets : le p’tit air.

In Non classé on septembre 15, 2007 at 10:08

<a href=”http://oumdim.podemus.net/Audio/2004.04.09__un_ptit_air.mp3″><img src=”http://podemus.com/img/podcast-icon.gif” border=”0″ alt=”Podcast” /></a>

Le samedi 15 Septembre
A Saint Léger des Vignes.

Cher Pierre-Marie,

J’échoue pour l’instant dans ma quête de compagnons théâtralisables. Peut-être la peur.

Ca ne m’empêche pas d’écrire, de lire de belles lettres, d’embrasser de beaux pieds khâgneux. J’ai besoin de le crier, et ce me semble pour le moment suffisant d’utiliser les diverses blogosphères.

Je ne sais pas trop par quoi commencer. Par peut-être.

Une publication tous les dimanches. Mélanger créations et classiques, Beckett et Parapluie, Gide et Oum Dim… N’est-ce pas là faire preuve d’un manque exemplaire de modestie ?

Je ne sais pas.

Parapluie

La fascination du pire

In Non classé on août 21, 2007 at 9:43
Le Mardi 21 Août 2007,
A Saint Léger des Vignes.

Ma chère Liane,

Te souviens-tu de ce livre qui traînait sur le bureau,à l’heure de nos débats CAPESiens ? La fascination du pire, de Florian Zeller. C’est un roman : l’histoire d’un voyage en Egypte. S’y suivent des situations plus inintéressantes et banales les unes que les autres, sur fond d’islamisation en marche de l’Egypte.
Je ne sais pas critiquer une oeuvre, et si l’idée me venait, ce serait inutile. Lis le titre. Lis le dernier chapitre. Et tu as, en cinq minutes: lu les meilleurs passages et lu la meilleure critique.
C’était un roman réaliste, très contemporain, donnant des gages insensés à la modernité, sans détour poétique ni réelle écriture – exactement ce que je n’aimais pas en littérature

indique le narrateur au sujet d’un roman dans le roman.

C’est la cynique et sinistre mise en abyme. Pour dénoncer le tabou intellectuel et journalistique autour de la religion musulmane, Florian Zeller produit un roman… qui parle d’un écrivain maniaquo-dépressif en manque de sexe qui critique de façon ouverte et souvent malheureuse la religion musulmane dans un roman intitulé “La fascination du pire”. Etrange, fascinant, magique, comme toute mise en abîme. Et surtout parfaitement insolent à l’encontre des médias qui font le “Buzz” et prêche les bonnes paroles.

La fin macabre n’est-elle pas une anticipation du fanatisme religieux grandissant ? Peut-on, en 2007, fournir un écrit de fiction dans lequel un personnage fustige la religion de Mahomet ?
Rien que pour le léger frisson que procure le livre, le cynisme et l’humour à froid délayé dans le dernier chapitre, lis-le les yeux grands ouverts. La douce impertinence de ce jeune auteur est un délice à consommer avec grâce dans ce monde asseptisé par une pensée téléchaînée.
Et puis, j’admets que les quelques extraits du Coran remettent quelques unes de mes pendules à l’heure…

Les pages que j’ai cornées :

Au début du livre, l’avertissement :

Ce livre est une fiction : la plupart de ce qui y est dit est faux ; le reste, par définition, ne l’est pas non plus.

Dans le chapitre 4

Je me suis dit que ceux qui prétendent que le Coran n’invite qu’à l’amour et que seule une certaine interpétation du texte pousse parfois au mépris des femmes et à la violence, ceux-là, me suis-je dit, n’ont tout simplement jamais lu le Coran ou ont peur de dire des choses incorrectes. DE toute façon, me suis-je encore dit, il est désormais impossible de dire quoi que ce soit à ce sujet. Seul le silence règne. J’ai quand même relu à voix haute : Admonestez celles dont vous craignez l’infidélite ; reléguez-les dans des chambres à part et frappez-les – Coran, sourate 4, verset 34.

Dans le dernier chapitre

Sur le plateau, une femme sortie d’on ne sait où expliqua, les larmes aux yeux, que le Coran était un très beau livre et qu’elle ne comprenait pas comment on pouvait tolérer que s’ajoutent à l’horreur de la situation internationale des récits si répugnants. Dans la salle, le public l’applaudit avec enthousiasme. J’ai alors pensé à cette phrase que j’avais lue, quelques jours auparavant, dans un essai formidable : Les maudits du XIXème l’étaient par l’ombre et le silence. Ceux d’aujourd’hui le seraient-ils par la lummière et le bruit ?

Tu as donc ma réponse, moi qui suis réticent envers les best-sellers, j’ai pris un plaisir certain à lire les quelques dernières pages de ce Florian Zeller. Quant au reste, c’est ennuyant. Un livre est une promenade : un but est décidé à l’avance, mais il importe peu. L’important est le voyage intellectuel qui est proposé. Ici, les neurones restent à l’arrêt. Au mieux,on a affaire à un reportage du Monde. Au pire, des discussions de comptoir.

Parapluie.

PS : J’en suis p326 de Harry Potter and the Deathly Hallows… Vive Hermyyyoneee !

Dans les cartons, la bêtise.

In Non classé on juillet 31, 2007 at 1:49
Le Mardi 31 juillet de 2007,
A Saint Léger des Vignes.

Cher D.,

Les cartons, les cartons, les cartons. Partout, ils s’empilent, j’en vide pour en remplir d’autres de façon plus ordonnée et logique. Parfois je remonte à l’étage pour mettre en vente un truc sur priceminister (mon vieux lecteur CD, mon vieux casque sans fil, des CD sans intérêt…).

Et puis parfois, je retrouve des choses qui me font (re)bondir. La semaine dernière, c’était l’émission “On ne peut pas plaire à tout le monde” de Marc-Olivier Fogiel consacrée à Brigitte Bardot qui m’avait occupé le reste de la soirée. J’avais mis ça dans le vieux magnétosocope qui lit même pas les mp3, et j’étais resté scotché. Comme la première fois, l’envie de vomir sur cette pseudo-icône. J’ai été voir sur YouTube, la vidéo n’est pas disponible. Je la ripperai pour vous montrer, si vous ne la connaissez pas déjà. Sinon, il existe un retranscription écrite.

Et aujourd’hui, je suis tombé sur ce vieux bouquin d’Aldous Huxley, Retour au Meilleur des Mondes. Avez-vous lu Le Meilleur des Mondes (A brave new world) ? C’est le très bon livre d’anticipation, écrit en 1931. Le génie de l’auteur lui fait décrire une société fondée sur l’eugénisme, dont les dirigeants (les “alphas”) sélectionnent leur progénitures par une sorte de manipulation biologique. C’est de la génétique avant l’heure. Une telle capacité d’anticipation oblige au respect.
Il y a quelques années j’avais découvert qu’il avait écrit un autre truc sur le sujet. Non pas une “suite” mais un essai où il donne son avis sur tout et sur rien. Genre je me la pète, j’ai écrit Le Meilleur des Mondes en trois mois, et matez ça : la philosophie de bistrot, je gère tout autant ! Car on est dans un vrai bistrot, et pas des mieux famés. Ca se dispute sur de la science à deux francs et et ca dit avoir de la raison mais sans cervelle. Il y a des choses sur le futur parce qu’il croyait réitérer l’exploit de son chef d’oeuvre. Seulement il se plante d’un façon lamentable. Et bête. C’en est presque incompréhensible qu’un tel être puisse fournir deux oeuvres que tout oppose.

A l’époque, j’avais corné une page, pour me souvenir de déconseiller ce livre. Je vous livre l’extrait en fin de lettre. Quoique… J’ai toujours un peu de mal à déconseiller les choses. C’est pour cela que ce bouqin, je ne vais pas le vendre. Je veux le garder, en souvenir de Mr Huxley, dont la bêtise sait rayonner dans mon étagère sur les Camus, les Gide et les Beckett. Tenez, mon cher D., un extrait de Paludes d’André Gide, l’un de mes auteurs favoris (homosexuel, cela pourrait combler votre culture gay-friendly) que j’ai retrouvé sous le caca littéraire d’Huxley :

Martin et moi nous échangeâmes nos feuilles, tandis qu’Alexandre attendait.
Sur ma feuille on lisait :
Etre aveugle pour se croire heureux. Croire qu’on y voir clair pour ne pas cherche à y voir puisque : L’on ne peut se voir que malheureux.

Sur sa feuille on lisait
Etre heureux de sa cécité. Croire qu’on y voir clair pour ne pas cherche à y voir puisque : L’on ne peut être que malheureux de se voir.


André Gide, Paludes

Je vous laisse ruminer. Même si je ne vous connais pour l’instant que “de vue”, je prend un plaisir infini à me prendre pour des lunettes.

Au petit bonheur.

Parapluie

Dans cette seconde moitié du vingtième siècle, nous n’intervenons pas scientifiquement dans notre reproduction, mais à notre manière anarchique et chaotique, nous ne sommes pas seulement en train de surpeupler notre planète, nous avons l’air de faire en sorte que ces êtres sans cesse plus nombreux soient d’une qualité biologique inférieure. Au mauvais vieux temps, les enfants souffrent de vices héréditaires graves ou même bénins survivaient rarement; aujourd’hui, grâce à l’hygiène, à la pharmaceutique et à la conscience moderne, la plupart de ces diminués atteignent la maturité et propagent leur espèce. Dans les conditions actuelles, tout progrès de la médecine tendra à être contrebalancé par un accroissement correspondant des chances de survie d’individus affligés de quelque insuffisance génétique. Malgré les nouvelles drogues-miracles et des traitements plus efficaces (on peut même dire en certain sens, grâce à eux) la santé physique de la masse ne s’améliorera pas, au contraire, et un déclin de l’intelligence moyenne pourrait bien accompagner cette détérioration.
Aldous Huxley, Retour au meilleur des mondes

Le conte gay-friendly

In Non classé on mai 22, 2007 at 9:06

A Clermont Ferrand,
Le Mardi 22 Mai 2007.

Cher Hubert,

Une fois n’est pas coutume, je me suis plongé dans un roman de gare : The Book Of Lost Things, de John Connolly, auteur de thrillers irlandais. Je n’ai aucune excuse, sinon celle que ce n’est pas un roman de gare, car je l’ai acheté dans un aéroport. Le fait est que le texte est en version originale, ce qui constitue la raison de mon achat : to improve my english.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu ce genre de recueils qu’on consomme sur la plage, quand les Voici et autres Gala ont fait leur temps (ou alors pour passer pour un intellectuel de seconde zone, ce qui fonctionne uniquement sur les plages fréquentées par les prolétaires). J’avais donné dans le Stephen King et le Bernard Werber dans mon enfance, littératures que j’avais lâchement abandonnées pour retrouver des petites choses écrites par des plumes raisonnées. J’avais honte autrefois, et vous le cachais, regrettant que l’ascenseur social qui me fit gravir les années post-BAC n’eût disposé d’une bibliothèque correctement fournie.

A vrai dire, je suis très déçu par ce livre. Evidemment, je ne peux donner mon avis sur l’écriture anglaise. Restent les idées qui sont développées dans le roman qui ne sont guère novatrices. L’histoire d’un gosse qui, parce qu’il se sent mal dans sa famille recomposée, parce qu’il croit entendre la voix de sa mère dans le jardin, se retrouve catapulté dans un monde fantastique. Là le thème usé de la quête initiatique prend son envol, entrecoupé de références grossières à ces grossières histoires que sont les contes. Quelques originalités tout de même, telles ces deux chevaliers amoureux, ce petit garçon très violent, ces accusations de pédophilie, ces corps mutilés, qui font de The Book Of Lost Things une chose assez malsaine, et donc divertissante.
C’est une Irina Palm inversée, la branleuse étant remplacé par un péteux qui découvre la “Nature” humaine.
Deux choses, néanmoins : David, le garçonnet en question, est un être absurde, ce qui fait une chouette fin au livre. Deuxième chose, c’est l’humour cynique dont est parfumé le bouquin (Le chapitre avec les septs nains est désopilant). Quant aux thèmesde l’homosexualité, de l’adolescence, de la quête initiatique ou des rêves prépubères, ils sont traités dans de nombreux autres ouvrages d’une plus intelligente et raisonnée façon, me diras-tu. Mais aussi d’une moins anglaise manière !
Le livre est assez agréable au toucher, l’impression fabuleuse qu’une gigantesque mis en abyme se prépare vous fait patienter jusqu’à la déception finale, et la petite histoire de pédé en côte de maille, alternative médiévale à Brokeback Mountain, vous fait passer un moment non désagréable, mais complètement inutile et pauvre.

Ah! Une chose abominable. Je tiens à vous préciser ce sentiment de haine inconsidéré qui me traversa quand à la page 348 (sur 500) je tombai sur “The End”. Je me retrouvais au milieu d’une entrevue avec l’auteur ! Comme si la fuite des pages au fur et à mesure que le lecteur avance dans sa lecture et l’envie d’atteindre la fin du livre n’était pas la chose précieuse ! Ce petit plaisir est court-circuité par je ne sais quel fantasme de l’auteur d’exposer ses propres conceptions et réflexions sur l’oeuvre en fin de livre ! Et sous forme d’une entrevue journalistique ! Alors que l’art, aussi médiocre qu’il puisse paraître, est le fruit d’une collaboration tripartite entre L’artiste, L’oeuvre, et Le lecteur.

The book of the Lost Time…

Parapluie.

Albert Camus – Le Mythe de Sisyphe, essai sur l’absurde

In Non classé on mai 9, 2007 at 6:42

A Clermont Ferrand,
Le Mardi 08 Mai 2007.

Cher Hubert,

Je me décide enfin à vous écrire pour vous parler de ce livre que je lisais alors que nous faisions connaissance. Depuis, nous voici perdus de vue, mais l’envie de vous parler de l’absurde, puisque c’est le thème de l’essai (d’ailleurs sous-titré Essai sur l’absurde) ne s’est pas atténuée.
Ce livre fut le dernier de mon “Cycle Camus” du début d’année, après l’Etranger et La Peste. J’avais été déçu par La Peste, dont les choix narratifs, volontairement lents, brulants, pesants, m’avaient parfois endormis à la manière d’un Oranais sur une terrasse ensoleillée. C’était sans compter sur le réveil brutal que me procurerait ce Mythe de Sisyphe; attiré par le titre, bien sûr, car impossible de me souvenir de la trame de ce mythe grec. Et puis, ce truc parlait d’absurde, épithète qu’on m’avait accolé lorsqu’on ne me comprenait pas.
Le début du livre, qui fait office de quatrième de couverture, me convint à l’achat définitivement

Il n’y a qu’un seul problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide.

Dans cet essai, A. Camus dissèque les tenants qui font des hommes des gens vivants et non suicidaires, malgré leur conscience de la mort. Vous le savez, je n’ai pas une formation littéraire, et vous pardonnerez, j’en suis sûr, ces analyses et remarques bancales. Je crois cela importe peu, finalement. Il y a des passages entiers que je n’ai pas saisi,par manque pur et simple de culture littéraire, entre autres philosophique. Mais j’ai la prétention, et ce quels qu’en soient vos commentaires, de penser que j’ai saisi quelques ficelles du raisonnement. Il est tellement d’autres passages qui me firent vibrer…
Le préservatif d’usage quand un “scientifique” parle de littérature étant déroulé, je puis m’évader et vous conter le plaisir insolent que j’ai pris à analyser, avec Camus, ce qui occupe mes journées d’attente exaltée de la mort. Ce que j’appelle “Tordre la réalité” par provocation, c’est l’Absurde. Observer la vie qui s’agite, ces gens qui achètent, d’autres qui vendent, certains qui s’embrassent quand d’autres tapent des SMS, voici le plaisir conscient, qui s’avère être le thème de l’essai, auquel je m’attèle assez régulièrement depuis quelques années.
Pourquoi donc, à vrai dire, se procurer le dernier modèle de téléphone portable, regarder la nouvelle star ou mettre de l’antiride puisque l’on sait pertinemment que l’on va mourir ?

Nous prenons l’habitude de vivre avant d’acquérir celle de penser. Dans cette course qui nous précipite tous les jours un peu plus vers la mort, le corps garde cette avance irréparable.

Camus développe cette idée que l’homme absurde est l’être heureux, par essence, car connaissant la conclusion de son être, il peut se rapprocher de cette voie magnifique du bonheur, pour peut-être, à la dernière seconde, le toucher du doigt. Cette idée, athée, exclut toute question de salut. L’homme non absurde, c’est celui qui croit, triste pleutre qui dirige sa vie dans le sens de la négation de la mort, de son dépassement :

Etre privé d’espoir, ce n’est pas désespérer. Les flammes de la terre valent bien les parfums célestes. (…) Si le mot sage s’applique à l’homme qui vit de ce qu’il a, sans spéculer sur ce qu’il n’a pas, alors ceux-là sont des sages. (…) Ce monde absurde et sans dieu se peuple alors d’hommes qui pensent clair et n’espèrent plus.

Lire ce livre m’a rassuré. Réconforté aussi, et sans autre préfixe conforté. Car si je ne possèderais jamais le talent pour la forme, je crois qu’à ces questions j’avais trouvé des réponses similaires à celles qu’apporte, en substance, A. Camus. Je pense ici à mon ami mort, qui citait un indien en disant :

C’est un beau jour pour mourir.


tout en se levant le matin. Mon ami était l’être absurde par excellence, finalement. J’en prends conscience à l’instant.

Vu que je viens de vous chuchoter, essouflé, quelques histoires de philosophie (d’une assez vilaine manière, je vous l’accorde), laissez-moi vous parler des sciences dont la question et le rapport à l’absurde, dans Le Mythe de Sisyphe, est abordé. Je ne développerai pas les idées, je n’en ai pas les capacités, seul reproduirai-je un exemple. L’écriture est si agréable que je vous laisserai sur ces mots qui ne sont miens. Remémorez-vous cette nuit où vous expliquiez que Poésie, Littérature et Philosophie étaient pour vous sainte trinité, rien ne les subjuguait. Je vous interpelai sur la Physique et les Mathématiques. Vous rétorquiez que ces sciences étaient pour vous comme le plancher, vous vous en serviez pour marcher et avancer, rien de plus. Les Maths vous servaient à compter votre monnaie, sans plus. Camus précise, dans votre sens :

Vous me le (ndb : le Monde) décrivez et vous m’apprenez à le classer. Vous énumérez ses lois et dans ma soif de savoir je consens qu’elles sont vraies. Vous démontez son mécanisme et mon espoir s’accroît. Au terme dernier, vous m’apprenez que que cet univers prestigieux et bariolé se réduit à l’atome et que l’atome lui même se réduit à l’électron. Tout ceci est bon et j’attends que vous continuiez. Mais vous me parlez d’un invisible système planétaire où des électrons gravitent autour d’un noyau. Vous m’expliquez ce monde avec une image. Je reconnais alors que vous en êtes venus à la poésie : je ne connaîtrai jamais. Ai-je le temps de m’en indigner ? Vous avez déjà changé de théorie. Ainsi cette sciences qui devait tout m’apprendre finit dans l’hypothèse, cette lucidité sombre dans la métaphore, cette incertitude se résout en oeuvre d’art. Qu’avais-je besoin de tant d’efforts ?

Je lisais ceci peu de temps après le débat nocturne. Coïncidence.
C’est une joie inaltérable que de découvrir le don qu’ont certains ouvrages prestigieux à rescusciter quelque sage prestigieux, parti sans moi. Les livres, traits immobiles, en l’état gèrent.

Parapluie

PS : J’allais oublier. Le mythe de Sisyphe. Les dieux avaient condamné Sisyphe à rouler sans cesse un rocher jusqu’au sommet d’une montagne d’où la pierre retombait par son propre poids. Travail inutile et sans espoir. Imaginer un Sisyphe heureux, c’est la perspective que propose A. Camus pour changer ce personnage en héros de l’absurde.
Droit dans le mur, les yeux ouverts.
Le sourire aux lèvres.