“C’est un endroit où on n’ose jamais s’embrasser, Châtelet”, raconte-t-elle à la caméra de Yagg.
Je lis sur le twitter de Matoo qu’il rend au “kiss in” seul. Bêtement, je pensais à une boîte, un tea-time, un truc de bloggers. En fait, derrière le mot “kiss in” se cachait un happening organisé par Yagg : réunir un maximum de pédés et gouines, et les faire s’embrasser au même endroit, au même moment. Une façon originale de rappeler que le nettoyage de dentition est inscrit dans les droits de l’Homme, au titre des libertés individuelles.
Ce que je trouve excellent, et furieusement gonflé, c’est le choix de Châtelet comme lieu de cette manifestation. Je pense notamment au provincial pédé (que j’étais il y a un an) et qui ne sait pas ce que Châtelet veut dire en langage pédé.
Châtelet, c’est bien dans le centre de Paris, à dix minutes à pied de l’hôtel de ville. On pourrait se dire, connaissant les moeurs déchaînés des gay parisiens, que c’est un lieu plutôt accueillant pour la gent invertie. Ce qui n’est pas le cas.
Les Halles de Châtelet, c’est un peu la banlieue en plein Paris, un hall d’immeuble dans un grand centre commercial : lieu de convergence de tous les RER franciliens, Châtelet se remplit aux alentours de 14h d’une population remarquablement peu accueillante. Je pense notamment à cette place en plein air, juste avant la place carrée, qui déborde de petits banlieusards à casquettes qui, par leur gestes, leur vulgarité, leur capacité à te targuer de racisme au premier refus de leur filer une garot, me font la détester. C’est bien l’endroit de Paris centre qui me débecte, et dans lequel jamais je ne montrerai signe d’une appartenance à une minorité. Jj’ai peur à Châtelet quand je le traverse pour me rendre au cinéma, parce que, par mon look, par mes allures de petits bourge pédé, j’ai toutes les chances, un jour, de m’en prendre une !
Cela dit, les kiss in improvisés avec mon charmant croate se sont souvent terminés par des injures homophobes, voire des actes violents (projectiles, insultes).
Alors, oui, Châtelet, c’est bien choisi. Mais il ne faudrait pas oublier les raisons du choix de ce lieu… Loin de moi l’idée d’associer une couleur de peau ou un quartier à des comportements homophobes. Mais s’interroger sur le fait que cet endroit soit aussi mal fréquenté dans Paris… Pourquoi pas. Une question d’urbanisme, et de politique de la gestion des banlieues par Paris, par les parisiens eux-mêmes. Je ne suis pas loin de penser que les problèmes d’intégration des banlieues (lié au racisme) et l’homophobie, rampante et visible dans ces endroits, sont liés.

