Parapluie

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un endroit

In Darianism on septembre 26, 2009 at 6:50

“C’est un endroit où on n’ose jamais s’embrasser, Châtelet”, raconte-t-elle à la caméra de Yagg.

Je lis sur le twitter de Matoo qu’il rend au “kiss in” seul. Bêtement, je pensais à une boîte, un tea-time, un truc de bloggers. En fait, derrière le mot “kiss in” se cachait un happening organisé par Yagg : réunir un maximum de pédés et gouines, et les faire s’embrasser au même endroit, au même moment. Une façon originale de rappeler que le nettoyage de dentition est inscrit dans les droits de l’Homme, au titre des libertés individuelles.

Ce que je trouve excellent, et furieusement gonflé, c’est le choix de Châtelet comme lieu de cette manifestation. Je pense notamment au provincial pédé (que j’étais il y a un an) et qui ne sait pas ce que Châtelet veut dire en langage pédé.

Châtelet, c’est bien dans le centre de Paris, à dix minutes à pied de l’hôtel de ville. On pourrait se dire, connaissant les moeurs déchaînés des gay parisiens, que c’est un lieu plutôt accueillant pour la gent invertie. Ce qui n’est pas le cas.

Les Halles de Châtelet, c’est un peu la banlieue en plein Paris, un hall d’immeuble dans un grand centre commercial : lieu de convergence de tous les RER franciliens, Châtelet se remplit aux alentours de 14h d’une population remarquablement peu accueillante. Je pense notamment à cette place en plein air, juste avant la place carrée, qui déborde de petits banlieusards à casquettes qui, par leur gestes, leur vulgarité, leur capacité à te targuer de racisme au premier refus de leur filer une garot, me font la détester. C’est bien l’endroit de Paris centre qui me débecte, et dans lequel jamais je ne montrerai signe d’une appartenance à une minorité.  Jj’ai peur à Châtelet quand je le traverse pour me rendre au cinéma, parce que, par mon look, par mes allures de petits bourge pédé, j’ai toutes les chances, un jour, de m’en prendre une !

Cela dit, les kiss in improvisés avec mon charmant croate se sont souvent terminés par des injures homophobes, voire des actes violents (projectiles, insultes).

Alors, oui, Châtelet, c’est bien choisi. Mais il ne faudrait pas oublier les raisons du choix de ce lieu… Loin de moi l’idée d’associer une couleur de peau ou un quartier à des comportements homophobes. Mais s’interroger sur le fait que cet endroit soit aussi mal fréquenté dans Paris… Pourquoi pas. Une question d’urbanisme, et de politique de la gestion des banlieues par Paris, par les parisiens eux-mêmes. Je ne suis pas loin de penser que les problèmes d’intégration des banlieues  (lié au racisme) et l’homophobie, rampante et visible dans ces endroits, sont liés.

Comment s’enculent-ils dans les campagnes ?

In Non classé on février 2, 2008 at 9:20
A Dornes,
Le Samedi 2 Février 2007.

J.,

A Dornes, chez mère-grand, il y a un ECOMARCHE. C’est dans cette contrée reculée et inaccessible de la Nièvre (département arriéré et oublié de la Bourgogne, région d’élevage ruinée de la France, pays dirigé par Nicolas Sarkozy, le mari de Carla Bruni, une pute) le lieu de passage obligé pour les quelques âmes esseulées et retraitées qui y vivent (encore), attendant la mort.

Ma grand mère n’est pas de celles-là puisque, techniquement, elle n’est pas retraitée (par contre, elle attend bien la mort, puisqu’elle est vieille). C’est une rentière qui vit sur la fortune de son défunt mari ; elle n’a jamais travaillé et profite des quelques prolifiques et veufs deniers pour entretenir sa carcasse. Ce qui ne l’empêche pas de préférer au taxi qu’elle prend quotidiennement la visite de son chéri petit fils, pour qu’il l’accompagne hebdomadairement à l’ECO.

Aujourd’hui, je l’y accompagnais.

L’ECO de Dornes a quelque chose de particulier, un truc qui fait de ce supermarché un endroit malsain. Là-bas, il n’y a qu’une caissière, les fruits et légumes sont hors de prix, il y vendent des choses d’avant : du truc gluant pour faire les cheveux briller (comme Tino Rossi), du papier d’Arménie (le truc qui fait les vieux sentir le renfermé), de la glue pour dentier (le truc qui évite aux vieux de refaire la scène culte de la boom quand ils se bécotent). Et puis, les gondoliers sont aussi nombreux que les clients, qu’ils observent dès leur entrée par la porte automatique. Et ils disent “bonjour”, excès d’orgueil ou de vanité propre à ces fonctionnaires du privé trop conscient d’assurer une mission socialisante honorable. Ce sont ces mêmes bonjour dans les hopitaux pour vieux, je crois. A vrai dire, je ne sais pas, je n’y vais pas.

Ils ne vendent pas de lubrifiant. Je vérifiai, prévenant préalablement mère-grand “Tu m’attends, je vais voir si ils vendent des pansements !”. Oui, toujours le burifiant pour cul est vendu entre les pansements pour coudes et les ciseaux pour ongles.
Alors, comment font les tatas de Dornes pour s’enculer ? Je n’osai demander à mère-grand, de peur qu’elle me répondît. Mais cet oubli, cet aveu d’homophobie commercial, cette discrimination négative me désenchanta. Je perdais la joie qui m’avait gagnée après avoir parcouru la campagne, au soleil, attendant que la vidange de ma voiture se fasse.
La rudesse des campagnes n’est décidément pas un mythe, et les bites au cirage ne sont pas une humiliation : seulement l’expression du désarroi complet des pauvres PD de Dornes qui ne peuvent pas enculer leur voisin. Alors, oui, ils mettent du cirage sur leur zizi, et le bête observateur civilisé (i.e. parisien) n’avait pas saisi le désarroi d’une telle extrémité. A l’humiliation de pénétrer un supermarché pour y dégoter du DUREX PLAY s’ajoute le désespoir de n’en pas trouver.

Après ça, nous achetâmes 2 mètres 10 de toile cirée (modèle Abricots fleuris) et rentrâmes au domaine.

Parapluie.

Racism on the rocks

In Non classé on juillet 1, 2007 at 9:09
Mardi 26 juin 2007
A Clermont Ferrand
Cher Troy,
Tu me demandais si j’écrirais au sujet de ce qu’il se passa samedi soir. Je ne sais pas quoi en dire. Je ne sais pas quoi quoi en penser. Mon cerveau n’a pas réponse à tout. Mon idéal de société non plus. Sarkozy encore moins.
Nous étions sur le quai de la voie de tramway, à acheter deux billets pour aller au théâtre. Des glaçons tombèrent. Aucun danger, je suis Parapluie, mais néanmoins je regardai c’était du ciel que l’eau solide avait chu. Non. Beau soleil de début d’été, 20h00. Le monde souriait. Pas les hommes.Pas ces trois hommes qui tenaient des bouteilles à la main, et qui nous jetaient des glaçons. L’un d’eux souriaient. Un sourire d’enfant, le regard serein. Cela ne pouvait venir d’eux. On s’est retournés, et l’un des glaçons te toucha. J’ eus peur. Tu réagis violemment, et ils arrêtèrent. Moi, tétanisé. La violence me tétanise. Ce sont des images de mon enfance qui reviennent. Je contrôle pas ça. D’autres auraient retroussé leur manches pour leur passer un savon. Moi je tremble comme une feuille sèche. Je pourrais les tuer si je voulais. Je l’ai déjà fait. Ma nature qui frôle ma philosophie. Comme ces sources d’eau bouillante qui affleurent en Islande dans de magnifiques panaches de vapeur, des doutes malsains embuent mon esprit critique que je croyais sage. Aphasique, la bouche bée. La sentinelle au repos.
Leur violence est gratuite. C’est un fait. Qui sont-ils ? Pourquoi prennent-ils la peine de consommer quelques calories pour actionner leurs muscles et catapulter des glaçons vers deux garçons qu’ils ne connaissent pas ? Sont-ce des poètes pragmatiques, désirant faire rimer garçons et glaçons dans l’acte ?Ils sont d’origine africaine, du genre Afrique du Nord, celle qu’on fustige, celle qu’on a cloitré dans les immeubles aux abords des villes, celle qui construit nos bureaux dans le centre de ces mêmes villes. Dans ma tête les amalgammes cristallisent. On s’assoit. Je crois reconnaître le “patois du chantier” dans leur phrasée. Quelques expressions typiques des travailleurs du batîment. Pourquoi nous avoir choisis ? Tu m’avais dit peu de temps avant que je faisais PD. Tu es assez asiatique dans ton genre. Serait-ce le simple racisme, la fameuse homophobie, celles dont on parle dans les livres ? Je ne comprends pas.ALors je pense, je projette, je fais les terribles amalgammes. Comment ne pas en faire ? Je ne suis pas ataraxique, et même si j’aspire vers la sagesse, voilà de belles illusions remises en cause par une petite agression de rien du tout.
Je vais donc me taire. Oublier que je vais certainement enseigner aux enfants de ces pleutres l’année prochaine. J’ai manqué de courage, celui qui m’aurait fait traverser la voie de tramway pour leur demander : Pourquoi?
Parapluie.