Mon oeil néophyte ne m’empêche guère d’apprécier, ou non – et même, pire, de le dire et le crier – , l’art qu’on dit contemporain. Et concernant l’exposition Superdome au Palais de Tokyo, difficile pour moi de ne pas accepter l’idée que j’ai pris un pied d’enfer.
L’expo est toute petite. Quatre salles tout au plus. Mais les oeuvres, par leur diversité, par la taille, la forme, le support, ne peuvent laisser indifférent. J’ai une assez bonne notion de l’indifférence concernant l’art contemporain, parlons d’ailleurs me concernant d’incompréhension. Même si j’ai peu d’égard envers les oeuvres très obscures et qui ne se percent qu’à la lecture du petit carton à côté, je me force à m’immerger, voire me noyer en ces ambiances mystérieuses. Ca m’était arrivé à Pompidou, il y a deux ans, lors de l’expo Samuel Beckett. Car à la sortie de l’expo temporaire, j’avais dirigé mes pas vers les étages inférieurs : là, il faut le dire, les oeuvres ont été indifférentes, me nargant de leurs couleurs bizarres, m’irritant même au point de me sentir mal à l’aise.
Superdome, c’est le stade qui a accueilli les réfugiés de Katrina, le cyclone terrible qui a dévasté une partie de la Nouvelle Orléans. La référence assez absconse si on ne lit pas le prospectus de l’expo :
Paradoxal, le Superdome jette un pont entre le divertissement le plus grand et la détresse absolue. S’inspirant de cette logique additionnelle et schizophrénique d’un «I can get no satisfaction» ET d’un «Notre Père qui êtes aux cieux», Marc-Olivier Wahler propose SUPERDOME, une nouvelle session réunissant cinq expositions personnelles oscillant entre spectacle et vanités, décibels et prières, high-tech et chaos
Se mêlent éléphant en équilibre, expérience à un seul trou d’Young avec des bouteilles de verre, et surtout ce tas d’ordures dans lequel on peut rentrer.
Un immense tas d’ordure, d’une dizaine de mètres de haut, et qui occupe la dernière salle de l’expo. Une entrée et une sortie : une porte et un tube. Pour pénétrer dans l’oeuvre, il faut s’inscrire auprès du monsieur noir de la sécurité. Il nous donne alors un morceau de papier et l’ordre de revenir dix minutes avant l’horaire qui y est indiqué. Arrivé à 14H00, les premières places libres n’étaient qu’à 16h20 ! Il faut donc arriver en avance. Je n’ai pas su ce qu’il se cachait dans le tas d’ordures.
Avec le recul des deux jours qui séparent cet article de ma visite, cette installation me rappelle la salle des annuaires au Musée d’Art Moderne : une petite pièce d’une vingtaine de mètres-carré est recouverte d’étagères sur lesquelles reposent les annuaires du monde entier. Le spectateur, quand il pénètre dans l’installation, se rue sur les annuaires : l’un cherche Björk dans l’annuaire d’Islande, l’autre son oncle resté dans une île lointaine. Le spectateur n’est plus passif, mais il participe à l’oeuvre. Je me demande, garde-t-il alors son oeil, son regard, et celui qui profite de l’oeuvre n’est-ce pas celui qui sut rester hors de cette ruée vers les annuaires ? Car l’artiste avait prévu ce comportement, de la même façon que les génies de la peinture savent parfaitement le teinte que prendra telle ou telle peinture en fonction de la nature de la lumière.
Le tas d’ordure, c’est un animal, grand, immense, à la bouche manufacturée, en forme de porte “sortie de secours”, et à l’anus excisé, qui dégueule sur le devant, et d’où le spectateur curieux est éjecté après sa visite.
Très intrigant.
Parapluie
Superdome, au Palais de Tokyo, jusqu’au 24 août.
Ailleurs :
[Bourgeois Punk](qui est rentré dans le goulot, lui !)