Parapluie

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Richard Avedon, au Jeu de Paume.

In Culturization on août 6, 2008 at 6:59

J’ai posé une série de “non” : non aux jolies lumières, non aux compositions trop apparentes, non à la séduction des poses ou à la narration. Et tous ces “non” m’ont conduit à des “oui” : un fond blanc, un sujet qui m’intéresse, et le courant qui passe entre lui et moi.

Richard Avedon, 1994

Il amusant de voir deux expositions si opposées l’une de l’autre. Avedon, c’est de l’anti-Leibovitz assumé. Pas de mis en scène, ou alors invisible, pas de chi’chi, d’accessoires ou de fioritures. Juste un regard, une tête, de la crasse, les poils qui sortent du nez, le portrait, simplement.

Une exposition qui débute par un diptyque de Samuel Beckett ne pouvait que me plaire. Et le fait de l’avoir visitée en quatrième vitesse, parce qu’il y avait énormément de monde, n’était pas pour me déplaire (je suis de ceux qui ont peur de s’ennuyer à un concert de jazz ou à une expo photo). Le travail le plus impressionant de Avedon est présenté à l’étage, dans une série intitulée “In the american west”. Ici sont regroupés quelques un des 752 clichés pris à cette ocasion. Sont représentés de nombreux anonymes, associés à leur métier. Ce Billy Mudd, au front ridé et ses fils très mignons est bien-sûr mineur de charbon. C’est le temps et la poussière qu’on voit à l’oeuvre, le travail aussi et son alliénation des corps qui sont exposés. L’apiculteur et ses abeilles inoffensives, ce dépeceur de serpents de treize ans, couvert de leurs tripes, des formes qui touchent le regard.

Des mineurs, sur fond blanc.

Quand nous sommes sortis, une dame (une bourgeoise), a dit à ses copines :

Oh, tu as vu cette lumière ! Et si on prenait une photo ?!

Quelle connasse.

Super Superdome

In Culturization on août 4, 2008 at 10:26

Mon oeil néophyte ne m’empêche guère d’apprécier, ou non – et même, pire, de le dire et le crier – , l’art qu’on dit contemporain. Et concernant l’exposition Superdome au Palais de Tokyo, difficile pour moi de ne pas accepter l’idée que j’ai pris un pied d’enfer.

L’expo est toute petite. Quatre salles tout au plus. Mais les oeuvres, par leur diversité, par la taille, la forme, le support, ne peuvent laisser indifférent. J’ai une assez bonne notion de l’indifférence concernant l’art contemporain, parlons d’ailleurs me concernant d’incompréhension. Même si j’ai peu d’égard envers les oeuvres très obscures et qui ne se percent qu’à la lecture du petit carton à côté, je me force à m’immerger, voire me noyer en ces ambiances mystérieuses. Ca m’était arrivé à Pompidou, il y a deux ans, lors de l’expo Samuel Beckett. Car à la sortie de l’expo temporaire, j’avais dirigé mes pas vers les étages inférieurs : là, il faut le dire, les oeuvres ont été indifférentes, me nargant de leurs couleurs bizarres, m’irritant même au point de me sentir mal à l’aise.

Superdome, c’est le stade qui a accueilli les réfugiés de Katrina, le cyclone terrible qui a dévasté une partie de la Nouvelle Orléans. La référence assez absconse si on ne lit pas le prospectus de l’expo :

Paradoxal, le Superdome jette un pont entre le divertissement le plus grand et la détresse absolue. S’inspirant de cette logique additionnelle et schizophrénique d’un «I can get no satisfaction» ET d’un «Notre Père qui êtes aux cieux», Marc-Olivier Wahler propose SUPERDOME, une nouvelle session réunissant cinq expositions personnelles oscillant entre spectacle et vanités, décibels et prières, high-tech et chaos

Se mêlent éléphant en équilibre, expérience à un seul trou d’Young avec des bouteilles de verre, et surtout ce tas d’ordures dans lequel on peut rentrer.

Un immense tas d’ordure, d’une dizaine de mètres de haut, et qui occupe la dernière salle de l’expo. Une entrée et une sortie : une porte et un tube. Pour pénétrer dans l’oeuvre, il faut s’inscrire auprès du monsieur noir de la sécurité. Il nous donne alors un morceau de papier et l’ordre de revenir dix minutes avant l’horaire qui y est indiqué. Arrivé à 14H00, les premières places libres n’étaient qu’à 16h20 ! Il faut donc arriver en avance. Je n’ai pas su ce qu’il se cachait dans le tas d’ordures.

Avec le recul des deux jours qui séparent cet article de ma visite, cette installation me rappelle la salle des annuaires au Musée d’Art Moderne : une petite pièce d’une vingtaine de mètres-carré est recouverte d’étagères sur lesquelles reposent les annuaires du monde entier. Le spectateur, quand il pénètre dans l’installation, se rue sur les annuaires : l’un cherche Björk dans l’annuaire d’Islande, l’autre son oncle resté dans une île lointaine. Le spectateur n’est plus passif, mais il participe à l’oeuvre. Je me demande, garde-t-il alors son oeil, son regard, et celui qui profite de l’oeuvre n’est-ce pas celui qui sut rester hors de cette ruée vers les annuaires ? Car l’artiste avait prévu ce comportement, de la même façon que les génies de la peinture savent parfaitement le teinte que prendra telle ou telle peinture en fonction de la nature de la lumière.

Le tas d’ordure, c’est un animal, grand, immense, à la bouche manufacturée, en forme de porte “sortie de secours”, et à l’anus excisé, qui dégueule sur le devant, et d’où le spectateur curieux est éjecté après sa visite.

Très intrigant.

Parapluie

Superdome, au Palais de Tokyo, jusqu’au 24 août.

Ailleurs :

[Bourgeois Punk](qui est rentré dans le goulot, lui !)

Des César chez Cartier

In Non classé on juillet 25, 2008 at 12:08



Sensation différente pour cette “anthologie” de César à la fondation Cartier, mise en place par Jean Nouvel. Je n’ai pas vomi, alors que c’est bien l’art qu’on dit contemporain. Enfin, vomir, non que je trouve l’art de maintenant mauvais, mais en voir me fait parfois l’effet du lait : je “porte au coeur” comme disait maman.

César, c’est cool.
Il fait des pouces géants en bronze, des trucs qui coulent en polyuréthane, et des carrosseries de voitures neuves compressées. Bref, de l’inutile, du gigantesque, et du conceptuel. Et ça a de la gueule. Ce que j’ai préféré : les tas d’ordures, dans la cour, qui sont le résultat d’un mois de récolte des lectures des habitants de Bâle. Ça, c’est de l’art engagé qui dénonce ! (j’ai failli écrire mdr, je m’excuse pour la qualité de rédaction en grave péril). Seulement, nulle part n’est spécifié si les extincteurs, qui trônent à proximité du tas, font partie de l’oeuvre….

J’ai ramené un souvenir (entre parenthèses – ah, c’est fait – vive l’art participatif) :

César, Anthologie par Jean Nouvel, à la fondation Cartier. Gratuit le jeudi après-midi.

Louise Bourgeois en Vélib

In Non classé on avril 17, 2008 at 5:27

Cynthia,

Ton cher frère, petit à petit, se transforme en Parisien. Je m’affuble de jean’s qui moulent vraiment trop, de chaussures vraiment trop pointues, et d’une carte UGC vraiment illimitée. Parfaitement détestable, je m’aime.
Ah, et je fais du vélib, oui. D’ailleurs, tout ce qui a été dit à ce sujet est vrai (sur des blogs fréquentables, et d’autres à éviter pour leur mauvaise foi). Pourquoi en rajouter ?

J’ai pu affronter hier quelques-unes de mes dernières couardises : ma hantise des musées d’art contemporain. La dernière fois, c’était à Beaubourg (toujours), lors de l’exposition sur Samuel B. Après quelques heures en compagnie de l’auteur dramatique, la fatigue avait entraîné quelques nausées dès que j’avais pénétré dans les galeries consacrées au Contemporains.
Hier, bien accompagné, je retentais une percée chez les dingues. En ce moment, rétrospective Louise Bourgeois (une dame très vieille qui porte une fillette dans ses bras). La première oeuvre est une allégorie de la cellule familiale, thème cher à la dame. En effet, le père Bourgeois, bourgeois pour de vrai vue sa baraque de Choisy-Le-Roi, ramenait ses maîtresses à la maison. Elle traduit cette ambiance par une sculpture de le maison familliale en marbre blanc, enfermée dans une cage en grillage métallique, le tout surmonté d’une guillotine. Quel accueil.
Bref, le reste est assez excellent, fait d’araignées qui dévorent le créateur, qui le subliment, qui s’en enfuit… De sculptures phalliques flippantes, de sortes de monstres hermaphrodites sensés représenter le père. Bref, le cauchemar sidérurgique, le cauchemar corrosif plutôt, le cauchemar du créateur enfermé ou suspendu, mais qui n’en finit pas de s’élever…
C’est ça que je retiens. S’il y a à retenir. Car Jérémy me dira, plus tard, que l’art est beau dans son inutilité.
Le reste du musée est très beau. J’ai pu y pénétrer, enfin, plus de dix minutes, grâce à mon garde du corps cultivant ton pauvre frère (et captivant et…). Et bien, c’est vrai. Au Centre Georges Pompidou, il y a bien une oeuvre d’art composée de pièces métalliques qui servent à faire des faux plafond posées contre un mur… D’invraisemblables artistes, aussi, qui peignent des monochromes blancs. Inutiles ? N’est-ce pas là un avant-gardisme génial, de l’art participatif, dont le sens apparaît que s’il est vu, oeuvres incomplètes sans le regard de l’observateur. De l’art quantique en quelque sorte, qui devient tangible qu’à la condition qu’il soit vu. Cela crée chez le petit prolo gay qui se prend pour un Parisien des réfexions infernales. Je comprends cette expression monochrome, je ne la comprends plus, je la comprends parce que je ne peux pas la comprendre, et si j’oublie que je ne la comprends plus alors elle m’apparait. Et ça m’abysme.
Bref, à suivre, ce que je dis.
Cela me permit de gribouiller un peu (voire ci-dessous pour les dits gribouillages)

Donc, la prochaine fois, c’est accompagner de ma styliste de soeur ? Tu seras la touche finale de mon déguisement. Je m’entends déjà déblatérer, au comptoir du Reflet : “Mais tu sais, ma soeur, la styliste !”

A bientôt.

Parapluie

Thème éculé par :
[Matoo][Bernard Alapetite]

Francilien !

In Non classé on septembre 10, 2007 at 10:24
A Combs La Ville
Le 31 août 2007.

Francilien !

Ca veut dire que je vis dans la sphère parisienne, à portée des joies de la capitale mais suffisamment loin pour payer un loyer décent.

J’y découvre l’intérêt des automobilistes pour les immatriculations “58″, leur habilité à coller leur pare-choc avant au mien arrière, comme pour dire, hohant la tête : Encore un conard de la province qui connait rien à la vie, qui ne sait pas que le temps c’est de l’argent, et qu’en ville on roule à 70.
Parce qu’on est Francilien en Ile de France. On bosse tous sur Paris, et puis le soir on rentre dans nos cités dortoir. Des cités muettes. Mais on s’en moque parce qu’on ne sait plus entendre.

Ah! Et je goûte à Paname. Que j’aime ma capitale. Les expos, les théâtres qui jouent du Ionesco depuis trente ans, les gens qui lisent au Lux, les clodos qui vendent des livres dans le 5ème, les églises hétéroclytes et le reste homophilisant ! L’expo Pierre et Gilles pour commencer, au Jeu de Paume. Sans intérêt, sinon celui de voir quelques minets à poil. Je ne garderai de cette exposition de peinture sur photo (ou de photo sur peinture, ou de photoshop mal imprimé) que la vision assez érotique d’un éphèbe vacher qui urine dans un pré. Quant au reste, on se croirait dans un magasin de cadres. Tu sais, ces magasins qui mettent de fausses images dans les cadres pour les vendre.

Et puis le Sun City. Bof. Pas pire, pas mieux que quelques autres lieux de volupté de province. Sauf qu’en province, le garçon qui mate les allers et venue ne te propose pas de la cocaïne.

Je m’amuse terriblement. Parce qu’accompagné de la plus belle manière qui soit. Ou pas. Mais libre.

A bientôt.

Parapluie.