Tout autre jeu de mot autour des poils, des pédés et des centres d’épilation laser aurait convenu. J’ai évité le “Sale attente” (voire le “salle à tantes”) et préfère continuer mes détournements de titres de film.
Première séance de désherbage, hier. 1h d’attente. 10 minutes de faisceau. 80 euros. C’était une dame avec l’humour de Valérie Damidot qui tenait le laser. Vue la douleur, c’était heureux.
J’étais arrivé à l’heure, de cellophane enrubanné, afin de protéger de l’air la crème anesthésiante. Les canapés en cuir n’avaient pas bougé. Salle d’attente.
Il n’y avait que des femmes, jeunes pour la plupart, qui patientaient et qui me dévisagèrent à mon entrée. Leur regard inquisiteur, d’insinuer “On me l’avait bien dit que des mecs venaient se faire épiler !” et moi de leur signifier “Et oui, ma grosse !”. Mon jeu favori des salles d’attente, c’est deviner pour quoi les gens sont là. Chez le médecin, c’est difficile. Il faut être attentif au moindre mouchage de nez, au moindre gargarisme gluant. Ici, le jeu est plus simple. Que ces dames sont venues épiler ? Il suffit de chercher le petit morceau de cellophane, qui dépasse d’une manche, d’un bas, ou d’un décolleté.
Deux garçons rentrèrent. Des pédés, c’est évident. L’un ressemblait à un acteur de film olé-olé, habillé en VRP. L’autre, noir, portait des Timberland en cuir.
Attente.
Ces Timberland me regardent. Je m’y enfonce tout doucement, me promène sur les languettes de cuir, évite les petits piques du scratch. Je dévale le lacet. Ce ne sont plus des chaussures, je ne connais plus la forme. Dans le détail, l’objet disparait, ne reste que l’absurdité de son existence. Le monsieur noir ne bouge pas.
Au centre de la pièce, un immense arbre, les racines apparentes façon bronzai.
C’est à moi.











