Parapluie

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A ce que peuvent faire les fées dans leur bulle.

In Uncategorized on novembre 30, 2008 at 5:31

La liliputienne, la Barny, la mère de France, l’amoureuse, la goudou, celle dont le prénom finit par un x et dont le nom commence par Beck comme Samuel s’en est allée. J’ai pas eu le temps de tout lire.

A quoi elle pensait, on lui demandait un jour. Elle répondit :

A ce que peuvent faire les fées dans leur bulle.

Ma beckomania sera post-mortem.

Une lilliputienne, de Béatrix Beck.

In Uncategorized on octobre 14, 2008 at 10:00

Une histoire de petite fille, puis de petite femme, et vers la fin, de petite petite vieille, plus petite par la taille que les petites vieilles tout court. Je pense à ces bouées qui délimitent les zones de baignade, au long des rivages. Le baigneur aoutien les regardent bringueballées par le vent et les vagues, hypnotisé par le mouvement, périodique. Essentiel, ce retour à la position d’équilibre, plus usée qu’à l’oscillation précédente, toujours encline à rebondir par Archimède, de plus belle. Vers le haut, vers le bas. Rouge, jaune, selon la vague.

Ses parents l’avaient eue sur le tard et elle était née trop tôt, à six mois et demi, pesant sept cent cinquante grammes. Tardillonne, ravisée, oeuf de fin de ponte, couchée nue dans un haricot de verre garni d’ouate, à l’intérieur d’une couveuse, des tuyaux lui sortaient de la bouche, des narines.

M. et Mme Déminadour restaient plantés là comme devant la vitrine d’un objet insolite. Cercueil de Blanche-Neige et de Lénine.

p9

Lia est une bouée, qu’on regarde de loin, qu’on voudrait vers soi. Lia, séduite par ces regards qui tous se portent un jour en sa direction, mais que jamais un nageur n’ose atteindre. Sisyphe, mais payée, par le plaisir qu’elle a pu recevoir d’un ouvrier, d’une collègue de travail, ou d’un enfant mort-né. Les mots de Beck, pudiques, laissent entendre la plainte lassive et chroniques de la petite, sans la dire. Parfois nostalgique, d’autres auraient inondé de larmes le roman. Elle se tait, souvent, accepte les situations, trop grosses pour elle, sans les rechigner.

Devant un bol à oreilles rempli de café-chicorée fumant et sa grosse tartine de gros pain beurré qui lui faisait ouvrir grande sa petite bouche, elle raconta :

- J’ai rêvé que je sautais le mur d’en face.

- Ah, je t’emmènerai de l’autre côté dès que je pourrai. C’est pas encore la saison.

p118

Un mot que Beck utilise à plusieurs reprises dans son oeuvre que je commence à connaître est sardonique. Epithète de rire.

J’ai ri beaucoup, en lisant, un rire qui fait les gorges acides.

  • pages cornées :

La fillette devenait dans l’imaginaire de ses camarades un personnage d’horloge ou de baromètre, illustrant le temps qu’il fait et le temps qui fuit, une figurine servant à fixer les volets, un ludion entre le rarissime et le banal, créé pour leur délectation.

p14

Sisyphe mais payé.

p110

  • mots cherchés dans le dictionnaire

mansuétude : Douceur accompagnée de politesse et de grâce.

tardillon :enfant né tardivement.

véhémente : qui est impétueux.

vol-au-vent : Sorte de pâtisserie chaude dans laquelle on met une garniture de poissons, de quenelles, etc., et dont les bords assez élevés sont de pâte feuilletée.

rifougner :rire bêtement.

pariade : État des perdrix, lorsqu’elles cessent d’aller par compagnies, pour s’apparier; par extension, Saison où les perdrix s’apparient.

myrmidon : Il se dit, par allusion à un peuple de l’antiquité et par mépris, d’un Individu sans mérite et sans crédit.

ineffable : Qui ne peut être exprimé par des paroles.

un lit maousse : grand lit

vénusté : Grâce, charme, élégance.

tératologie : Partie des sciences naturelles qui traite des monstruosités organiques.

callipyge : qui regarde ses fesses, focément superbes (cf statues de Vénus callipyge)

anchoreté : ?

mont de vénus : devant du pubis.

Une lilliputienne, de Béatrix Beck, chez Grasset.

Léon Morin, prêtre, de Béatrix Beck.

In Bernard-pivotism on octobre 12, 2008 at 7:38

L’agneau cherche l’amère bruyère,
C’est le sel et non le sucre qu’il préfère,
Son pas fait le bruit d’une averse sur la poussière.
Quand il veut un but, rien ne l’arrête,
Brusque, il fonce avec de grands coups de sa tête,
Puis il bêle vers sa mère accourue inquiète…
Agneau de Dieu, qui sauves les hommes,
Agneau de Dieu, qui nous comptes et nous nommes,
Agneau de Dieu, vois, prends pitié de ce que nous sommes (…)

Paul Verlaine, cité par B.B. in Léon Morin prêtre, p210.

J’ai l’immense présomption de me dire athée, je le cris sous les toits, le clame sur les terrasses des cafés. Je ne cherche pas Dieu, je dis qu’il n’existe pas.

B.B. raconte l’histoire d’une athée qui s’éprend d’un prêtre, et va jusqu’à embrasser sa religion pour se rapprocher de celui qui la dit. Subjective, cette dernière phrase, il n’en est rien de Léon Morin, prêtre. On ne sait jamais pour quoi l’héroïne se convertit, si c’est pour donner un interlocuteur privilégié à ses prières de voir sa petite famille protégée (l’action se passe pendant la seconde guerre mondiale), ou si c’est pour cacher par cet engagement dogmatique l’attachement qui la lie au prêtre désiré. Page 192, vingt dernières pages du livre, elle ose :

- Si vous étiez un pasteur protestant, vous m’épouseriez ?

Je taierai la réponse du prêtre, pour laisser à l’éventuel lecteur et qui aurait l’envie de lire ce livre la surprise de la répartie insolente de ce personnage. Cinq lignes plus loin, je lis ceci :

Je me sentis comblée et dépouillée. Une même main, d’un seul geste, m’avait tout donné et retiré. Si au moins l’homme que j’aimais avait eu un frère, auquel j’eusse pu appartenir, j’aurais mêlé indirectement mon sang au sien.

Livre d’amour au a minuscule, qui se farde à la façon d’une majuscule. Aimer pour se rapprocher de l’aimé, tourbillon abyssal. Ce me rappelle moi, près à apprendre le malais, à m’habiller années 30, à conchier la musique pop pour plaire à mes amant(e)s. Religieuse dans le don qu’elle fait, la chrétienne au nom de juive m’a désarçonné.

Je hâtais dans la silencieuse nuit de Dieu, me hâtant, comme ces ânes arabes aux flancs desquels le maître maintient une plaie toujours saignante, pour les faire mieux avancer.

p215

  • pages cornées : 4

“Quand tu seras morte; qu’est-ce que tu voudras que je plante sur ta tombe ? Pas des fleurs chères, parce qu’il faut que je garde l’argent pour élever mes enfants.” Et : “La maîtresse est morte, mais ça ne fait rien, on en a mis une autre à la place.”

J’admirais la sagesse de ces enfants, qui réduisaient la mort à ses justes proportions.

p54

La taquinerie, c’est le petit nom de la méchanceté.

p54

  • mots cherchés dans le dictionnaire :

aménité : douceur accompagnée de politesse et de grâce.

pusillanime : qui manque de cœur, qui a l’âme faible, craintive.

paon-de-jour : se dit de plusieurs espèces de papillons qui ont sur leurs ailes des yeux chatoyants, à peu près semblables à ceux de la queue du paon.

Léon Morin, prêtre, de Béatrix Beck, chez Folio.

Plus loin mais où, de Béatrix Beck.

In Bernard-pivotism on octobre 7, 2008 at 11:56

Incongru, dit le quatrième de couverture. Incongru qu’une auteur tue ses héros, incongru qu’elle se moque du temps de son livre, et qu’elle joue avec sa narration. Absurde oui.

J’aime ce livre, parce qu’il est incongru. J’aime cette vieille dame, usée et aigrie, casanière et campagnarde, qui parle mal, qui pense mal, des choses horribles. Drôles. Humour noir d’une petite fille de l’Assistance devenue vieille :

Un gamin de l’Assistance, son nom de baptème c’était Désiré. J’y demande :

- Comment que ça se fait-y que tu te nommes Désiré, puisque t’as pas été Désiré ?

- C’ese pour rigoler, qui me répond en rigolant. Je serai désiré par ma femme et mes enfants.

C’a a pas été comme ça, il s’est fait ratatiner à je sais pus quelle guerre.

p22

Je rêve pus. Avant je rêvais la fin du monde, ou bien je faisais des cauchemars, mes parents sortaient de leur tombe, ils voulaient reprendre la maison, je gueulais et c’est le silence qui me sortait de la gueule.

p24

J’aime cette dame, surtout lorsqu’une promenade dans les bois lui fait rencontrer un étudiant en sociologie, juif. J’aime aussi qu’il se lie une amitié qui ne se dit pas, amitié intéressée.

- Je m’appelle Yann Rosengold, et vous ?

Mon nom le regarde pas. Il dit le sien pour que j’y dise le mien, il donne son pois pour avoir ma fève. Peut toujours courir. Attends voir :

- C’est pas un nom français.

- Je suis français, français juif.

Juif ! C’est pas possible, vipère de vie.

- L’Hitler vous a pas tous tués ?

- Pas tous, comme vous voyez.

p42

Les pages tournent, les chapitres passent, le temps de l’histoire se comprime, diffuse, se détend parfois. On suit le jeune homme, maintenant, qui vieillit, se marie, couche avec une étudiante, obtient de la vie quelques enfants, doués, intelligents. Lui qui essaie de les éduquer. C’est drôle aussi.

Le livre finit mal. Ou ne finit. C’est pareil.

Hideux visage de mon amour. Orbites creuses, les yeux reculés dans des tunnels. Le nez seulement un cartilage, une arête. On distingue la forme de ses dents à travers ses joues.

p141

Absurdes que nous sommes, tout le monde le dit, l’écrit, et ces quatre-là plus que tout autre : Beckett, Camus, Gide, et Beck. Béatrix. Le même prénom que notre voisine, ophtalmo. Elle, ma voisine, Béatrix, nous, les koudous, vont, plus loin mais où.