La merde et le kitsch

Si, récemment encore, dans les livres, le mot merde était remplacé par des pointillés, ce n’était pas pour des raisons morales. On ne va tout de même pas prétendre que la merde est immorale ! Le désaccord avec la merde est métaphysique. L’instant de la défécation est la preuve quotidienne du caractère inacceptable de la Création. De deux choses l’une : ou bien la merde est acceptable  (alors ne vous enfermez pas dans les waters !), ou bien la manière dont on nous a créés est inadmissible.

Il s’ensuit que l‘accord catégorique avec l’être a pour idéal esthétique un monde où la merde est niée et où chacun se comporte comme si elle n’existait pas.  Cet idéal esthétique s’appelle le kitsch.

C’est un mot allemand qui est apparu au milieu du XIXème siècle sentimental et qui s’est ensuite répandu dans toutes les langues. Mais l’utilisation fréquente qui en est faite a gommé sa valeur métaphysique originelle, à savoir : le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde ; au sens littéral comment au sens figuré : le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l’existence humaines a d’essentiellement inacceptable.

in L’insoutenable légèreté de l’être, Milan Kudera.

Récemment plongé dans des réflexions sur le sens à donner à ma vie, je trouvais dans Kundera une réponse : je n’irai plus à Eurodisney.

One comment on “La merde et le kitsch”

  1. If I may :
    “Là ou ça sent la merde
    ça sent l’être.
    L’homme aurait très bien pu ne pas chier,
    ne pas ouvrir la poche anale,
    mais il a choisi de chier
    comme il aurait choisi de vivre
    au lieu de consentir à vivre mort.

    C’est que pour ne pas faire caca,
    il lui aurait fallu consentir
    à ne pas être,
    mais il n’a pas pu se résoudre à perdre
    l’être,
    c’est-à-dire à mourir vivant.

    Il y a dans l’être
    quelque chose de particulièrement tentant pour l’homme
    et ce quelque chose est justement
    LE CACA.
    (Ici rugissements.)

    Pour exister il suffit de se laisser aller à être,
    mais pour vivre,
    il faut être quelqu’un,
    pour être quelqu’un,
    il faut avoir un os,
    ne pas avoir peur de montrer l’os,
    et de perdre la viande en passant.

    L’homme a toujours mieux aimé la viande
    que la terre des os.
    C’est qu’il n’y avait que de la terre et du bois d’os,
    et il lui a fallu gagner sa viande,
    il n’y avait que du fer et du feu
    et pas de merde,
    et l’homme a eu peur de perdre la merde
    ou plutôt il a désiré la merde
    et, pour cela, sacrifié le sang.

    Pour avoir de la merde,
    c’est-à-dire de la viande,
    là où il n’y avait que du sang
    et de la ferraille d’ossements
    et où il n’y avait pas à gagner d’être
    mais où il n’y avait qu’à perdre la vie.”

    Et c’est ainsi qu’Artaud est grand. :)


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