Ma fin du monde.

Le titre du billet de Cohendy – dont je ne connais pas le sexe mais baiserais bien avec ses mots – me fait penser à ma fin du monde.

Je n’ai pas encore lu le billet de Cohendy, je le lirai après avoir écrit ma fin du monde. Je n’aimerais pas que sa fin du monde ne tâche ma fin du monde. On met le point final à son monde en silence et solitaire.

Chambre à coucher. Juin. Soleil du soir.

Je mangeais mon oreiller et mes larmes me noyaient. Je pleure peu. Je devais avoir 16 ans, peut-être 15 ans, j’étais de l’âge d’être en Seconde. J’aurais aimé passer une classe, mais ce ne fut pas le cas. J’avais l’âge normal. Bref, j’étais un ado non boutonneux, non attiré par le sexe, mais par les choses de l’amour, et ce qui m’avait amené à me repaître de mon oreiller, c’était l’amour.

L’amour de la belle Hélène, belle, cet épithète résonne mal, mais qu’importe, la belle Hélène, que j’aimais en secret depuis la rentrée et de laquelle j’avais rejoint le cercle d’amis. Insidueusement.

L’amitié de l’homonyme – et homophobe, je l’apprendrai plus tard – Christophe, le garçon de mon collège qui avait comme moi rejoint la grand-ville et le lycée privé, avec le taux de réussite au bachot proche des résultats de certaines démocraties où les gens sont blonds, boivent de la vodka et sont des prostituées. Je me perds en complémentant mes noms et mes verbes.  Christophe, donc, qui portait mon prénom, et avec qui je prenais le train tous les jours. Je lui faisais écouter mes enregistrement de Diffool, sur cassette magnétique, mon balladeur Phillips. Je l’aimais bien Christophe, même si je soupçonnais quelques faiblesses intellectuelles (que sa réussite future me fera mentir et gémir).

Christophe et Hélène. Insidueusement.

Je les avais vu ce jour-là, dans le parc de Nevers, se tenant par la main. Les hanches d’Hélène osciller en accord avec les fesses de joueur de tennis de mon meilleur ami. Pénétrer dans la pelouse – on peut s’allonger sur les pelouses des parcs de province – s’allonger sur la pelouse du parc en ayant préalablement déroulé le duvet que j’avais prêté la veille à Hélène. Concordance des temps et des sujets, Christophe et Hélène, on le raconterait dans les annales des gens qui s’embrassent tendrement en public, chose que je découvrirai dix ans après. C’aurait pu être moi, ce n’était que mon prénom.

Je pleurai dans mon oreiller, et sous mon corps, le monde disparaissait. C’était la fin du monde  et la faim qui me tira du lit mit fin à la fin de mon monde. Je mangeai avec un certain appétit ce soir-là. Les choses de l’amour comme le shit donnent faim.

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