
L’ami mort. L’acte manqué.
Je reviens à l’ami mort, cela fait longtemps.
Je me souviens son silence, peu avant sa mort. Un silence radio qu’on avait décidé sur yahoomessenger, sentant que la relation qu’on y entretenait nous rongeait le bout des doigts et le fond du cerval. Qui eût pu s’imaginer les drames qui se jouaient entre les smileys du messager de Yahoo ?
Je lui avais donné mon adresse, lui non. J’envoyais des lettres à dessins, mais au hasard, en Bretagne, indiquant des roulottes et des jument. Je découvrirai que le nom que j’utilisais dans l’adresse n’était pas le sien. Tous les jours, le retour de manivelle en forme de “inconnu à l’appel des préposés”, qui répondait à mon appel, sans écho, direction la boite jaune et sa gueule béante. Noire. Dans ce silence, je me devais l’inventer, le créer dans le vide entre mes oreilles, et le faire danser à l’envi. Le Yanko que j’avais était fou, et s’il avait décidé de ne me répondre, c’était pour me faire la surprise de débarquer. Un soir.
Sa famille était foraine. J’habitais chez mes parents, à côté de Decize, lieu d’une très grande fête foraine annuelle, lors de la Pentecôte. Ce soir-là, je n’allais pas faire des manèges. Je pensais en regardant l’icône éteinte de son avatar à ce petit garçon qui semblait m’avoir abandonné. L’icône s’était éveillée un instant, le temps de s’étonner de ma non-présence à la fête foraine. Le temps de se dire quelques mots interdits. Le temps de nouveau se dire au revoir.
A la fête, ce soir-là, le Yanko de mon cerval avait fait un truc pour Toftoftof. Et ce con était resté planté devant son PC.
