La particule adverbiale ci est une forme réduite de ici qui marque la proximité de quelque chose dans l’espace ou dans le temps par rapport à la personne qui parle.
Je n’ai rien contre ces gens-là, mais enfin, quand-même, ils sont sans-gène.
La bourgeoise blonde et blanche s’adresse à ma voisine et moi-même qui, difficilement, gardons porte ouverte à la poste bondée de Combs-La-Ville. Ces gens-là, que la blonde éloigne de moi en m’en parlant, ce sont les noirs. Une, en particulier, cheveux bouclés, très grande dame au boubou peut-être trop coloré pour que la blanche la considère comme son égale.
Pourtant, ce sont deux bourgeoises. L’odeur de leur portefeuille eût pu les ramener à la raison, et éviter la prise de bec, parce que l’une serait passée devant l’autre.
Scène de racisme primaire, désespérément classique. J’ai honte. J’ai vu ce regard au fond de la dame blonde, un regard condescendant, le regard qui cherche le consentement, qui exprime… Le sens commun, je crois, le bon entendement, de ceux qui se disent “On se comprend” et qui ne savent pas parler, s’exprimer.
Pendant ces quelques instants, je voulais être noir. Etre noir, pour être anonyme, pour être non de ces gens-là mais de ceux-ci, tout près. Près de la dame en blond, trop près pour qu’elle me rentrer dans une particule adverbiale, et ma couleur l’aurait cloîtrée dans son marasme dont elle ne m’aurait aspergé.

“Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.” Aimé Césaire, in Discours sur le colonialisme
Bonjour
J’aime bien ton article, je voulais simplement te le dire.
Amicalement
Titophe